Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée Fabre de Montpellier vient faire ses emplettes chez Piguet à Genève

Les ventes des 21, 22 et 23 mai ont plutôt bien marché à la rue Prévost-Martin. Il y a eu quelques gros prix, mais souvent là où ils se voyaient attendus.

Le Saint-Ours, exécuté tout au début de la carrière du Genevois.

Crédits: Piguet, Genève 2019.

Je ne me trouvais pas dans la salle. Les absents ont toujours tort. C'est donc par le biais de son site que j'ai appris les résultats des ventes chez Piguet la semaine dernière. Et encore! Je n'ai pas tout regardé. Il y a des milliers de chiffres, et quand on aime on ne compte pas.

La maison de la rue Prévost-Martin a obtenu à Genève de beaux résultats même si, comme partout, le nombre des invendus augmente. Surtout pour le capricieux secteur asiatique ou celui, normalement plus stable, des montre et bijoux. Beaucoup de grosses enchères ont en effet dépassé des espoirs déjà solides. Comme surprise majuscule, je ne vois qu'une miniature indienne (lot 527) qui a fait 38 000 au marteau au lieu des 2000 à 3000 prévus, ou un brûle-parfum chinois (lot 453) ayant allumé la salle. Supposé plafonner à 7000, il en a atteint 45 000. Au marteau toujours. Piguet n'a pas communiqué ses prix après les frais. Comptez environ un quart en plus.

Monte-Christo disputé

L'édition originale du «Comte de Monte-Christo» de Dumas (lot 81) a obtenu 150 000 francs en lieu et place des 40 000 à 60 000 prévus. Un gros montant si l'on pense que de ravissants ouvrages anciens ont culminé à 100 francs. Les trois Renoir que je n'aimais pas (lots 833A, 834 et 835) sont parvenus à 38 000, 50 000 et 120 000. Les beaux dessins de Dubuffet (859 et 860) se sont hissés jusqu'à 130 000 et 110 000. Le Kehinde Wiley de 2009 (lot 941) a changé de propriétaire pour 100 000. Le dessin de Liotard (778) ne s'est pas contenté de 15 000 à 25 000 francs. Il a trouvé preneur à 100 000. En revanche, ni le petit panneau de Daumier, ni le Jean Béraud insolite (des ouvriers au lieu des jolies dadames), ni le Lebasque faisant pourtant la couverture n'ont trouvé preneurs. Au rayon bijoux, les deux clips d'oreilles en serti mystérieux de Van Cleef & Arpels (lot 1504), ont séduit. 180 000 francs et non pas entre 100 000 et 150 000.

Je vous dois bien une histoire pour terminer. Le Musée Fabre de Montpellier a acquis pour 26 000 francs, sans les échutes, «La continence de Scipion» de Jean-Pierre Saint-Ours, peint vers 1778. La petite toile du Genevois a figuré une première fois comme anonyme chez Piguet il y a quelques années. Estimation: 1000 francs. Elle avait alors été identifiée par Anne de Herdt, la spécialiste du peintre, qui a inclus par la suite l’œuvre dans sa rétrospective en 2015-2016 au Musée d'art et d'histoire. Le tableau avait alors été retiré par son propriétaire. Puis remis dans une autre vente, avec la bonne attribution cette fois. Des querelles d'héritiers ont amené à un second retrait. La peinture, nettoyée, avait été confiée à un marchand romand, qui a depuis fermé comme bien d'autres boutique. D'où une troisième apparition rue Prévost-Martin, avec une modeste prisée entre 4000 et 6000 francs. La bonne, apparemment.

Un musée très actif

Le musée languedocien voulait en effet son Saint-Ours pour compléter son énorme collection néo-classique. Le Genevois a connu à Rome François-Xavier Fabre, son fondateur. Il a même été sauvé d'une grave maladie en 1791 par le frère de ce dernier, médecin. D'où cet achat pour un prix final d'environ 33 000 francs. Dirigé par Michel Hilaire, le Fabre reste l'une des institutions des province les plus actives de France. Quelques jours plus tôt, il s'était offert à Vienne une grande marine baroque du Napolitain Salvator Rosa. Voilà ce qui s'appelle avoir de l'appétit. La chose prouve aussi que sa direction regarde bien les catalogues, tant papier qu'en ligne. Quand le Louvre s'est offert «La mort d'Abel» de l'Espagnol Sebastian Martinez Domedel (1659-1704), naguère vendu crasseux chez Piguet, il l'avait fait auprès d'un grand marchand. A un prix non communiqué, mais tout autre sans doute. Voilà ce qu'il en coûte de ne pas être assez réactif.


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