Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée d'Orsay montre à Paris les Renoir père et fils. Peinture et cinéma

L'exposition vise à jeter des ponts entre les tableaux d'Auguste et les films de Jean. C'est un peu laborieux, assez décousu et finalement peu convainquant. Brillent heureusement quelques pépites.

Jean Renoir sur le tournage de "La partie de campagne" en 1936.

Crédits: DR, affiche de l'exposiiton

Il semble difficile de parler de «scoop». Tout le monde sait dans les milieux artistiques que Jean Renoir (1894-1979) est le fils d'Auguste Renoir (1841-1919). Il existe fatalement des liens entre le cinéaste et le peintre. Orsay a décidé d'en faire le sujet d'une exposition. Cette dernière se déroule au musée sur la mezzanine portant le nom de la première directrice de l'institution, Françoise Cachin. Il s'agit d'une série de cabinets, pas tous reliés entre eux. Le public se voit donc appelé à aller, puis à venir entre les lieux aujourd'hui voués aux Renoir et la galerie des sculptures. Une sorte de promenade organisée par Sylvie Patry, qui fait partie de la maison, et Matthieu Orléan (sans «s») de la Cinémathèque française.

Renoir est un peintre qui conserve sa popularité auprès du grand public, surtout celui d'un certain âge, voire d'un âge certain. Si sa production torrentielle comprend des chefs-d’œuvre, elle comporte par ailleurs un nombre effrayant de croûtes. Cet art du bonheur a ainsi multiplié les nus adipeux, les enfants rose bonbon et les paysages si flous qu'ils semblent avoir passé un mauvais quart d'heure dans la lessiveuse. Un choix s'impose. Or il faut admettre que si la commissaire a su rassembler quelques réussites comme «La balançoire» d'Orsay ou «La promenade» du Getty, il y a ici des toiles malheureuses. Je suis d'accord. Certaines s'imposaient, comme les portraits doucereux de Jean enfant ou le grand tableau avec deux femmes nues. Il a été donné à l'Etat par les héritiers Renoir après la mort du peintre aux Colettes en 1919. Nous approchons donc du centenaire.

Un cinéaste inégal

Avec Jean Renoir, c'est un peu la même chose. La Nouvelle Vague a fait un mythe vers 1960 de ce metteur en scène un peu artisanal aimant l'improvisation. Il faut dire que l'homme était arrivé au 7e art après la poterie (il y a de lui à Orsay quelques pots que l'on espère cassables) et par amour. Le jeune homme avait épousé un ancien modèle de son père, qui se voyait déjà vedette. Il a donc dilapidé une partie de l'héritage paternel pour la faire bouger sur un écran encore muet. Andrée Heuschling est devenue Catherine Hessling. Jean lui fera faire quelques petits films bricolés avant de se ruiner avec une «Nana» coproduite par Berlin. Une catastrophe financière, et à mon avis cinématographique. C'est plus tard, et bien sûr sans Andrée-Catherine, qu'il donnera le meilleur de lui-même dans les années 1930 ou 1950, de "La grande illusion" à "La règle du jeu".

Il fallait bien sûr profiter des convergences. L'exposition les situe un peu partout, même quand il n'en existe pas. Si le lien apparaît fort avec des films en costumes 1900 comme «French Cancan» (1955) ou «Elena et les hommes» (1956), le risque était d'aller trop loin. Je veux bien que Renoir ait adapté Mirbeau à Hollywood et qu'il ait transposé Zola dans la France de 1938. Mais nous sommes ici loin de Renoir père. Le rapport apparaît plus évident avec «Le déjeuner sur l'herbe». Un titre qui renvoie en fait à Monet et Manet, Tourné en 1959 aux Colettes de Cagnes, l'ancienne propriété familiale, le film tente de retrouver la palette du peintre. Beaucoup de couleurs. Il serait ici permis de dire ici "un long-métrage de la fin". Pas encore un film de trop, mais presque. Comme celle d'Auguste, la carrière de Jean finit mal.

La balançoire

Tout cela nous vaut des tableaux aux murs, des documents dans des vitrines et des extraits de films. Le portrait de Jean en chasseur par papa rejoint des séquences de «La partie de campagne», inspiré par une nouvelle de Maupassant. Un très joli film, où l'on retrouve la lumière impressionniste et la balançoire, qu'utilise ici l'héroïne regardée avec concupiscence par des canotiers. Tournée en 1936, laissée inachevée, cette «Partie» valant bien un tout n'est sortie qu'en 1946, alors que Renoir se trouvait depuis six ans aux Etats-Unis. Il devait y tourner peu après une histoire de peinture, ou plutôt de peintre, «The Woman on the Beach». Tout cela mis ensemble, «Woman on the Beach» compris, essaie de faire sens. Un peu en vain. Restent les pépites. Mais tout ce qui brille ici n'est pas or.

Pratique

«Renoir père et fils», Musée d'Orsay, 1, rue de la Légion-d'Honneur, Paris, jusqu'au 27 janvier. Tél. 00331 40 49 48 14, site www.musee-orsay.fr Ouvert du mardi au dimanche de 9h30 à 18h, le jeudi jusqu'à 21h45.

Certains liens directs pour aboutir à cette chronique ont été rétablis. Sans hélas que les anciens, qui se heurtent au vide, aient disparu. Mes mots clés sont désormais "etienne" "dumont" "bilan" sur Google. Chez moi du moins, ça marche!

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