Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée d'Orsay consacre avant Strasbourg une exposition à Huysmans critique d'art

L'écrivain, mort en 1907, a écrit sur les impressionnistes, puis les symbolistes. L'institution parisienne a demandé à un plasticien actuel de tout mettre en scène.

Robert de Montesquiou (1855-1921), don le portrait par Boldini fait l'affiche.

Crédits: RMN

Drôle d’idée! Une inspiration bien littéraire... Mais c’est comme ça. Le Musée d’Orsay a beau se vouloir ludique et attractif, proche des femmes et des enfants (mais pas trop proches tout de même, vu l’actualité!), ou ami des classes déshéritées, il lui prend de temps en temps une envie. C’est un peu la même chose que quand un sportif de pointe s’accorde une barre de chocolat bien calorique. Il propose donc pour quelques jours encore une exposition pointue sur Huysmans.

Qui est Joris-Karl Huysmans, le bénéficiaire de ce coup de folie? Un écrivain, né en 1848 et mort en 1907. L’homme avait plusieurs plumes dans son écritoire. Il a été également critique d’art. On peut sommairement diviser sa production en trois périodes. L’auteur a commencé par le réalisme, ce qui lui a fait apprécier les impressionnistes. Avant tout Degas. Le romancier publiait alors des récits sociaux, à la manière des frères Goncourt. Soyons justes. Comme pour Jules et Edmond, c’est une partie de sa prose que nul ne lit plus aujourd’hui. Huysmans s’est ensuite laissé fasciner par le caractère décadent des années 1890. Il adorait alors Gustave Moreau. L’âge venant, il s’est plongé dans l’eau bénite. Conversion à un catholicisme dur, à l’instar de nombre de ses contemporains.

Quelques beaux tableaux

De tout cela, Stéphane Guégan et André Guyaux ne parlent guère en profondeur. Les deux commissaires pensent que les visiteurs savent tout d’une figure aussi marquante pour son époque. Douce illusion! «A rebours»reste sans doute le seul ouvrage sur lequel certains intellectuels se penchent encore aujourd’hui. Parce que ce roman apparaît justement très daté. Avec des Esseintes, Huysmans créait un personnage retenant l’attention. Il faut dire qu’il était largement inspiré par la personnalité flamboyante de Robert de Montesquiou, poète et figure bien connue de ce qui composait alors le Tout-Paris. Il eut d’ailleurs été plus sage de prendre cet aristocrate hautain, mais au discret humour, comme pivot de l’actuelle exposition.

Huysmans âgé photographié par André Taponier. DR.

Il y a donc des tableaux décrits par Hysmans, qui les a vénérés ou détestés. De la correspondance dans des vitrines. Un peu de documentation. Plus le regard de Francesco Vezzoli, un vidéaste et plasticien né en 1971. Le Milanais devait donner ses couleurs visuelles à la manifestation. Il a choisi un blanc de «white cube» pour la première section. Un rouge à l’intention de la seconde, où les œuvres se déploient de manière chichiteuse sur la reproduction de l’intérieur d’une maison de Gabriele d’Annunzio. Un noir sert au cabinet final. Ce dernier contient non pas une, mais trois reproduction de la «Crucifixion» de Matthias Grünewald, conservée à Colmar. Pourquoi trois? Comme la Trinité? Parce qu’il y avait plus vulgairement de la place à remplir? Je ne sais pas.

Un double péché

Inutile de préciser que le résultat demeure inconsommable. Un péché artistique s’y ajoute à un péché littéraire. L’ennui n’absout pas tout. Ce tout reste en fait assez misérable, même s’il y a là quelques œuvres magnifiques. Quand on a des prétentions culturelles, il faut au moins savoir les justifier par un partage avec le visiteur.

P.S. J'ai oublié de vous le dire. La Pléiade réédite aujourd'hui Huysmans. Un acte que je qualifierai de courageux.

Pratique

«Huysmans», Muséed’Orsay, 1, rue de la Légion-d’Honneur, Paris, jusqu’au 1ermars. Tél. 00331 40 49 48 14, site www.musee-orsay.ch Ouvert du mardi au dimanche de 9h30 à 18h, le jeudi jusqu’à 21h45. L’exposition sera du 3 avril au 19 juillet dans une autre version au Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg.

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