Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée d'Orsay a créé sous les toits un nouvel espace pour Van Gogh et Gauguin

Les chefs-d'oeuvre des deux artistes (et de leurs satellites) semblaient à l'étroit sur la galerie. Les visiteurs se bousculaient dans de petites salles. L'aménagement actuel est une réussite.

"Le cheval blanc" de Gauguin encadré par les panneaux de bois de "La maison du jouir".

Crédits: Connaissance des arts

Les salles permanentes n'ont aujourd'hui plus rien de fixe. Elles montrent régulièrement d'autres œuvres. Elles peuvent même se changer de place. C'est ce qui est arrivé début septembre à Orsay. Le musée a inauguré un nouvel espace pour les icônes de Van Gogh, de Gauguin et de leurs satellites. Leurs toiles sont désormais regroupées sous les toits. Elles ont pris la place d'un espace d'expositions, qui s'est ainsi vu sacrifié. Mais la nouvelle direction (celle de Laurence des Cars, donc) préfère aujourd'hui monter des manifestations temporaires au premier, afin de leur assurer davantage de visibilité. C'est ainsi que Berthe Morisot s'y est retrouvée. Un peu à l'étroit, je dois dire. C'est ainsi hélas également que Julian Schnabel (un artiste américain ayant connu son heure de gloire dans les années 1980) a pu proposer un accrochage calamiteux. J'avais d'ailleurs choisi de ne pas vous en parler.

Mais revenons à Van Gogh, Gauguin & Co. Jusqu'ici, leurs chefs-d’œuvre, ceux que la plupart des «néo-visiteurs» viennent voir en premier, étaient accrochés sur la galerie droite du musée. Un lieu portant le nom de Françoise Cachin, la directrice qui ouvrit Orsay en 1986. C'était serré. Les pièces communiquaient mal les unes avec les autres. Le public se bousculait. Il manquait du coup de recul. Bref, il s'agissait d'un goulet, comme en connaissent certaines villes. L'effet intime recherché (les toiles de ces artistes ne sont pas bien grandes) s'était perdu, même si les murs avaient été audacieusement repeints de couleurs sombres au temps déjà lointain de Guy Cogeval.

L'idée d'un appartement

Aujourd'hui, tout respire. Il y a également des gris soutenus, des verts Empire et des bleus marine comme fonds. Rien de bien téméraire. Il n'y aura sans doute plus sous le règne de Laurence des Cars des coups de folie, comme l'escalier rouge pétard menant aux salles d'art décoratifs. Un rouge qui me met à chaque fois de bonne humeur. Les fenêtres, naguère bouchées, ont été rouvertes. L'idée de la conservatrice Sylvie Patry est de donner l’impression, avec les plafonds bas, d'un appartement démeublé. Un grand appartement, puisqu'il y a là 760 mètres carrés, refaits pour 900 000 euros. Neuf salles en tout, dont un cabinet voué aux dessins d'architectes de la fin du XIXe siècle. Le musée en possède énormément. Ils sont donc appelés à «tourner».

"Le pardon" d'Emile Bernard. Photo RMN.

Autrement, dans un accrochage bien plus aéré que chez un privé, il y a les toiles attendues. Peu de surprises. Les éléments sculptés de la «Maison du Jouir» de Gauguin sont devenus lisibles dans leur continuité. Ils forment comme un cadre au «Cheval blanc» du même artiste, qui sort des ateliers de restauration. Il y a des noms moins médiatiques aux cimaises, de Meijer de Hahn à Paul Sérusier en passant par Emile Bernard. De ce dernier, les amateurs retrouvent une des nouvelles acquisitions du musée, «Le Pardon». Un sujet breton de 1889. Le tableau a appartenu à Maurice Denis. Cette œuvre «d'intérêt patrimonial majeur» a été offerte en 2019 par le groupe AXA. Il y a aussi au rayon nouveautés les «Tétraèdres» de Paul Sérusier, exécuté vers 1910. Ou un porte-bouquet en céramique (que je trouve personnellement horrible) de Gauguin. Le parcours se termine avec un décor d'Odilon Redon créé pour le baron de Damecy, jusqu'ici montré par bribes et morceaux. Plus le théâtre d'ombre du cabaret Le Chat Noir. La nuit tous les chats sont gris...

Premier cinéma

Le visiteur ressort plutôt content par un gros corridor à fond noir voué au tout premier cinéma. C'est vrai qu'il a fait ses débuts en 1895. Là aussi, on espère que les petits films montrés changeront régulièrement, même si nous ne sommes pas à la Cinémathèque française.

J'ai eu le privilège de voir cet accrochage presque seul, le second jour de visite, soit le 12 septembre à 9 heures 30. Quelques personnes à peine. Comment est-ce possible? Très simple. Le musée ayant oublié de modifier son fléchage, la foule allait droit aux anciennes salles. A Paris, il y a souvent, comme ça, des problèmes d'intendance...

Pratique

Musée d'Orsay, 1, rue de la Légion-d'Honneur, Paris. Tél. 00331 40 49 48 14, site www.musee-orsay.fr Ouvert du mardi au dimanche de 9h30 à 18h, le jeudi jusqu'à 21h45.

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