Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée des beaux-arts de Lyon s'offre le dernier tableau d'Henri Matisse

"Katia à la chemise jaune" date de 1951. Alité, l'artiste ne pourra ensuite plus que découper des papiers. La toile a été vendue à un prix d'ami: 4,8 millions d'euros.

"Katia à la chemise jaune".

Crédits: Succession Henri Matisse. Musée des beaux-arts, Lyon 2021.

Pour sa réouverture, le Musée des beaux-arts de Lyon a pu présenter le 19 mai (1) une acquisition spectaculaire. Il s’agit de «Katia à la chemise jaune». Un Matisse pas comme les autres. En 1951, l’artiste alors âgé de 82 ans signait là sa dernière toile, à l’aspect déjà inachevé. Malade, alité, l’homme ne produira dès lors plus que de grands papiers découpés. Un assistant les placera sous direction sur le fond prévu. La Fondation Beyeler de Bâle possède un exemple particulièrement brillant de cette forme finale de création. Matisse devait mourir en 1954.

Le peintre fait certes officiellement partie des «phares» du XXe siècle, même si son œuvre peut parfois sembler inégal à partir des années 1920. Mais pourquoi aujourd’hui Lyon? Parce que la ville reste liée de manière intime à l’homme. En 1941, installé à Nice en Zone libre, Matisse souffre d’un cancer apparemment fatal. Il tente le coup de venir dans la partie occupée du pays pour se faire opérer à la Clinique du Parc. Il y aura ensuite une longue convalescence dans un hôtel de la cité. Les chances de guérison semblent très faibles. Pourtant, le malade va peu à peu s’en sortir. Il considérera les années suivantes ont été comme ayant été gagnées à Lyon. D’où de menus cadeaux à son Musée des beaux-arts.

Un Club de mécènes

En 1950, le peintre fait la connaissance de la Suissesse Carmen Leschennes, qui deviendra pour lui Katia. Ce sera son nouveau modèle fixe. Elle posera pour lui à Nice. D’où le titre du tableau, où le visage ne se voit qu’évoqué. La toile finira par la suite chez Pierre, un des fils de Matisse, galeriste à New York. La veuve de ce dernier l’a fait passer à la Fondation Pierre et Tana Matisse, qui vient de la vendre à Lyon. Prix d’ami, 4,8 millions d’euros. On reste très en-dessous du marché. La facture a été payée par le Club du Musée Saint-Pierre (et accessoirement la Ville de Lyon et le Fonds du patrimoine). Sylvie Ramond a en effet fédéré les grands mécènes industriels locaux pour pouvoir les rançonner de temps en temps. Ils ont ici versé 4,1 millions.

La directrice poursuit en effet une politique de prestige depuis son achat pour 17 millions d’euros d’un Poussin important. Il y a ainsi eu Fragonard, Ingres et à nouveau Poussin. Elle entend ainsi jouer dans la cour des grands, insinue Bernard Lahire dans «Ceci n’est pas qu’un tableau» (Actes Sud, 2015), qui décortique cette politique placée sous le signe de l’affirmation. L’ouvrage, au départ suscité par Sylvie Ramond, a connu un surprenant succès public sans beaucoup plaire (sans doute) à la commanditaire. L’actuel Matisse se situe tout à fait dans cette ligne. Lyon peut régater avec Paris, où Sylvie fut un temps candidate à la succession du Louvre. En 2016, Le Musée des beaux-arts avait du reste déjà organisé une exposition Matisse. La plus chère de son existence. On avait alors parlé d’un budget de 1,4 million d’euros. Mazette!

(1) Le musée propose aussi et surtout depuis le 19 mai l’exposition sur les frères Flandrin, héros de la peinture ingresque. Un trio d’origine lyonnaise. «Hippolyte, Paul, Auguste, les Flandrin artistes et frères» dure jusqu’au 5 septembre. Réservation obligatoire. En France, tout est désormais obligatoire ou interdit.

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