Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée des beaux-arts de Lyon remet l'inconnu Louis Bouquet à l'honneur

Né dans la ville en 1885, l'homme est devenu l'un des grands décorateurs muraux de l'Art Déco. L'institution montre des tableaux, dessins et cartons de fresques.

Bouquet. Une grande étude pour "L'Afrique noire", 1931.

Crédits: Succession Louis Bouquet. DR.

Le nom reste inconnu pour presque tout le monde. Sauf les amoureux de l’Art Déco, sans doute. Louis Bouquet (1885-1952) est en effet l’auteur de deux des plus gros décors à la fresque conçus durant cette époque en France. Le plus volumineux même, avec celui de l’Hôtel des Postes de Lyon, exécuté entre 1937 et 1939. Un chef-d’œuvre longtemps oublié. On a pourtant beaucoup construit pour les postes juste avant la guerre en France et surtout en Italie.

Louis Bouquet se retrouve aujourd’hui honoré à Lyon, où il a vu le jour. L’exposition se déroule en parallèle, mais sur le mode mineur, avec la rétrospective des frères Flandrin dont je vous parlerai bientôt. Il y a peu de publicité autour de cet accrochage, qui se situe au niveau de la peinture moderne et contemporaine. Notez du moins que les gens ont un bon motif de se rendre là en ce moment. C’est l’endroit où se trouve le dernier tableau sur toile de Matisse, que le musée vient de s’offrir pour quelques millions d’euros. Je vous en ai récemment parlé.

Le Palais des Colonies

C’est avec des peintures, des dessins et des cartons pour des réalisations murales que se présente l’exposition Bouquet, presque uniquement composée d’œuvres fournies par des privés (1). Le public voit l’artiste passer par toutes sortes de versions (très) assagies des mouvements d’avant-garde, dans les années 1910, avant de se trouver lui-même. L’homme va alors donner, dans une figuration gentiment cubisante, d’immenses compositions. Les plus belles devaient orner en 1931 le Palais des Colonies, en bordure du Bois de Vincennes. Ce pavillon demeure l’un des sommets de l’Art Déco à la française. Architecture de Pierre Laprade. Bas-reliefs sculptés d’Alfred Janniot (et son équipe), couvrant l’intégralité des façades. Meubles de Jacques-Emile Ruhlmann et d’Eugène Printz. Ferronneries d’après Jean Prouvé.

Il s’agissait bien sûr de vanter l’effet civilisateur du colonialisme, même si Bouquet préféra montrer l’apport de l’Afrique. Il y a au milieu, dans un carton présenté à Lyon, une athlétique «Vénus noire». Joséphine Baker n’est pas loin, mais elle possède ici une musculature digne de Michel-Ange. Le message passe mal aujourd’hui. Surtout cette année. Mais comme toujours, le résultat final peut s’interpréter selon différents critères. Toute analyse suppose une part de partis-pris et de subjectivité. Et le décor, bientôt visible dans l’édifice restauré (après avoir servi aux «arts d’Afrique et d’Océanie», puis à raconter l’immigration) devrait se révéler à l’honneur de Louis Bouquet. C’est spectaculaire. A vérifier plus tard en partant d’une visite à Lyon.

(1) Il y a cependant aussi des sculptures de son ami Joseph Bernard.

Pratique

«L'odyssée moderne de Louis Bouquet», Musée des beaux-arts, place ds Terreaux, Lyon, jusqu’au 29 août. Tél. 00334 72 10 17 40, site www.mba-lyon.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 10 à 18h. Billetterie en ligne conseille. Mais il y a deux dames à la caisse.

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