Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée des beaux-arts de Lyon montre la sculpture d'Etienne Martin

Né en 1913, mort en 1995, l'homme est connu sans posséder de réelle célébrité. Autant dire que ces statues sont rarement montrées. Lyon, ville avec laquelle Martin était lié, en fait aujourd'hui collection.

"Les Gémeaux" de 1985.

Crédits: Alain Basset, Musée des beaux-arts de Lyon 2018

C'est un nom connu. Il ne s'agit hélas pas pour lui d'une vedette. Etienne Martin (1913-1995) ne fait du coup pas partie de ces figures que les institutions muséales rabâchent à longueur d'année. Rien à voir avec un Alberto Giacometti qui souffre sans doute aujourd’hui d'un excès de visibilité. A force de montrer le Suisse partout et tout le temps (18 expositions en quatre ans!), il me semble en effet qu'on tend aujourd'hui à le banaliser. Un peu comme Rodin.

Avec Martin, ce serait plutôt le contraire. Né à Loriol, dans la Drôme, mort à Paris, le sculpteur ne se retrouve nulle part. Il n'y a guère que le Musée d'art moderne de la Ville, sensible aux seconds couteaux, pour le présenter parfois. Il faut dire qu'il détient de l'artiste un bel ensemble, en majorité composé de statues en bois. Un peu de figuration dans les années 30 et 40. Une solide abstraction par la suite. Le tout dans le genre monumental, bien sûr. Etienne Martin n'est pas l'homme des petites choses.

Deux grandes salles

Martin reste lié à Lyon par sa formation et ses débuts. Il suffit de penser au groupe Témoignage du milieu des années 30. Le Musée des beaux-arts de la cité propose ainsi aujourd'hui une exposition avec des acquisitions, anciennes et surtout nouvelles. L'accrochage, pour autant que l'on puisse utiliser ce mot avec du tridimensionnel, occupe deux grandes salles jusqu'à la fin janvier. Le visiteur peut y voir des pièces allant de «La sauterelle» de 1933 à l'«Ecce Homo» de 1993. Beaucoup possèdent du reste une consonance religieuse. Il y a ainsi la «Pieta-Idole» de 1944-1945 et une «Pieta» tout court datant elle aussi de 1945.

Le fonds Etienne Martin s'est récemment accru de manière à la fois accidentelle et volontariste. Il y a eu des longs et des legs, comme ceux d'Aude Dumas et de François Dupuy-Michaud. Une des dernières grandes pièces de Martin, remontant à 2013, a pu se voir parallèlement achetée avec l'aide du FRAM, ou Fonds régional d'acquisition des musées. Deux autres sont en cours d'acquisition. La présentation se voit accompagnée de quelques prêts de privés, histoire de mieux montrer l'évolution d'un artiste bien présent de son vivant sur la scène parisienne. Martin, je le rappelle, a notamment enseigné la sculpture à l'Ecole nationale des beaux-arts de Paris. Il a même obtenu pour la France un Grand prix de sculpture. C'était à la Biennale de Venise en 1966.

Politique d'acquisition

Cette petite manifestation bien faite illustre en plus la politique d'acquisition d'une des institutions rêvant de devenir le second musée de France après Le Louvre. On sait que la directrice Sylvie Ramond se lance parfois dans un achat follement dispendieux (Fragonard, Ingres, Corneille de Lyon et surtout Poussin). On voit ici qu'elle court aussi après des noms plus modestes, mais pertinents (comme on dit aujourd'hui, l'adjectif est devenu très à la mode). Elle obtient aussi certains dépôts, les mastodontes parisiens restant cependant durs à la détente. La dernière entrée de 2018 vient ainsi d'Orsay. Il s'agit du spectaculaire «L'inspiration» (1895) du symboliste Henri Martin (aucun rapport familial avec Etienne). Vu sa hauteur, la toile rentre tout juste au Musée des beaux-arts de Lyon, qui n'est pourtant pas particulièrement bas de plafond.

Pratique

«Etienne Martin», Musée des beaux-arts, 20, place des Terreaux, Lyon, jusqu'au 23 janvier. Tél. 00334 72 10 17 40, site www.mba-lyon.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 10h à 18h, le vendredi dès 10h30.

Certains liens directs pour aboutir à cette chronique ont été rétablis. Sans hélas que les anciens, qui se heurtent au vide, aient disparu. Mes mots clés sont désormais "etienne" "dumont" "bilan" sur Google. Chez moi du moins, ça marche!

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