Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le musée de Rouen joue la carte anglaise avec "So British!" et la peinture de Walter Crane

En marge de l'exposition sur le cinéma, l'institution propose dix oeuvres de la Collection Pinault. Elle vient aussi d'acheter un immense décor conçu par Walter Crane sur un thème Viking.

Le Gilbert & George, qui fait l'affiche.

Crédits: Gilbert & Georges, Collection Pinault,

On le sait depuis 1066. La Normandie est proche de l'Angleterre. Il peut donc sembler logique que le Musée des beaux-arts de Rouen anglicise une partie de ses collections. Il n'y a après tout pas tant de lieux pour la création insulaire en France! Il le fait en ce moment de deux manières, l'une éphémère et l'autre pérenne. Je vais vous expliquer tout cela.

La partie temporaire s'intitule «So British!» Il s'agit de dix œuvres contemporaines venant ponctuer les salles. Elles proviennent de l'immense ensemble réuni par François Pinault, dont l'ex-Bourse du Travail accueillera dès 2020 une partie des avoirs. Directeur du Musée des beaux-art, Sylvain Amic a en effet signé un contrat de partenariat avec la Fondation Pinault. Un de plus après Orsay ou le Centre Pompidou. C'est une manière de décentraliser la France, à la capitale macrocéphale. Les Régions ont droit aux patrimoines nationaux happés par Paris.

De Damien Hirst à Thomas Houseago

«So British!», qui dure jusqu'au 20 mai 2020, commence avec Gilbert & George, mis en regard d'un vitrail ancien appartenant au musée. Viennent ensuite Damien Hirst, Paul Fryer, Lynette Yiadom-Boakye, Thomas Houseago (récemment vu au Musée d'art moderne de la Ville de Paris), David Nash, Jonathan Wateridge, Keith Tyson, Nigel Cooke et Toby Ziegler. La plupart de ces plasticiens n'avaient jamais été présentés à Rouen. L'accès aux collections permanentes, et donc aux dix créations britanniques, reste gratuit.

L'un de sept morceaux de la décoration. Celui-ci est en bon état. Photo Musée des beaux-arts, Rouen 2019.

Le permanent est lui assuré par l'acquisition, au printemps 2019, d'une œuvre de trente mètres de long. Elle est le fait de l'Anglais Walter Crane, qui a peint en 1883 «The Skeleton in Armor» pour Catharine Lorillard Wolfe, «la célibataire la plus riche d'Amérique». Notons qu'à l'époque on comptait en millions, et non pas en milliards. Tirée d'un poème de Henry Wadworth Longfellow racontant les amours de Vikings émigrés en terre américaine autour de l'an 1000, la décoration devait orner le salon de manoir néo-roman que la dame (morte en 1887) s'était fait construire à Newport. Le lieu existe toujours, mais largement modifié.

Arraché et stocké roulé

En 1987, le décor de Walter Crane a été arraché, apparemment sans délicatesse. Il s'est encore davantage abîmé, une fois roulé dans un entrepôt. Certaines parties sont en meilleur état que d'autres, difficilement lisibles. La restauration va prendre du temps. Elle coûtera de l'argent. Il faudra autant intervenir sur la couche picturale que sur le support. Le musée a du coup lancé son premier appel au «crowfundig». Tout est bien expliqué sur son site. Les donateurs doivent juste se manifester. La Fondation Gandur pour l'art l'a déjà fait depuis Genève. Elle a offert 10 000 euros. En attendant, la peinture se trouve montrée telle quelle au musée. Elle fera partie dès le 29 novembre de la huitième édition de «Le temps des collections».

Pratique

Site www.mbarouen.fr Cet article complète celui sur l'actuelle exposition sur le cinéma et les arts du musée, situé une case plus haut dans le déroulé de ce blog.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."