Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée de La Chaux-de-Fonds ré-accroche ses collections. Il y a des surprises!

David Lemaire a ressorti les premiers tableaux achetés par l'institution. Le directeur donne à découvrir d'autres choix anciens. Et le musée vient de se découvrir un couple de donateurs!

La femme lacustre. Une icône d'Albert Anker peinte en 1873.

Crédits: Musée des beaux-arts, La Chaux-de-Fonds 2019.

C'est fini. Ou presque. Le Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds arrive au bout de ses travaux de rénovation, commencés en 2014. Le jour de ma visite, la rue des Musée était bloquée pour le démontage des échafaudages. C'est dire. L'intérieur se révèle bien sûr opérationnel. Une chose qui a supposé un ré-accrochage complet des collections à l'étage, l'exposition Klapheck (dont il est question un article plus haut dans le déroulé de ce blog) occupant les salles du rez-de-chaussée. Directeur depuis déjà quelques saisons, David Lemaire, que j'ai connu au Mamco, a dû procéder à des choix. Quels sont-ils, alors que l'homme vient tout de même du contemporain, en dépit d'un travail universitaire sur Delacroix?

Eh bien, David a ici accompli un travail sur les collections, et ce depuis les origines! «J'ai voulu montrer les tout premiers achats dans une salle en allant du numéro 1 ou numéro 18.» La chose peut sembler très conceptuelle. Elle permet néanmoins d'aérer des œuvres qui ne quitteraient autrement jamais les réserves. «J'ai même indiqué les prix d'achat à l'époque.» Le record me semble être allé à un grand paysage montagnard d'Edouard Jeanmaire, qui ne doit pas avoir revu la lumière depuis longtemps. Quatre mille francs or. La toile la plus connue de la série reste pourtant «La femme lacustre» d'Albert Anker, dont le pendant masculin se trouve au Kunstmuseum de Winterthour. Une icône helvétique.

Le conservateur, sa collection et ses achats

Autre pan historique, un espace se voit consacré à Paul Seylaz (1903-1990). «Il était à la fois peintre et directeur de notre institution.» Il y a donc une poignée de ses œuvres, quelques sculptures africaines sortant de sa collection et certains de ces achats professionnels. Très datés, mais pas forcément au mauvais sens du terme. J'ai ainsi noté un grand Alfred Mannessier abstrait, au titre religieux bien sûr, et un Alberto Magnelli à peine plus petit. «Nous sommes par ailleurs les légataires de Paul Seylaz et de son épouse.» Une troisième salle propose la période de gestation du musée, avant que le bâtiment actuel, aux célèbres murs rouges, ouvre ses portes en 1926. il y a là du Hodler comme du Léo-Paul Robert. Un des plus intéressants symbolistes suisses. Plus du Charles L'Eplattenier, bien sûr, qui est ici comme chez lui.

Le Hodler. Un autre rapport à l'histoire suisse. Photo Musée des beaux-arts, La Chaux-de-Fonds 2019

Le public n'a plus qu'à déboucher sur le présent. Un présent contrasté. D'un côté, le visiteur découvre une série de dessins au pastel récents de Royden Rabinowitch, qui a connu son heure de gloire dans les années 1980 avec ses sculptures noires émergeant à peine du sol (le Mamco en a ressorti certaines en 2017). «Nous avions proposé quelques-unes de ses œuvres. L'artiste canadien en a été touché. Il nous a fait don de cet ensemble.» Sur les cimaises en face, se trouve revanche de la peinture classique. Avec des nouveautés, dont un Raoul Dufy rare de 1902 montrant le Sacré-cœur. Ou un portrait féminin sage de celui qui allait ensuite devenir Christo l'emballeur. «Nous sommes entrés en relation avec un couple d'origine suisse, Suzanne et Raphaël Gimenez Fauvety. Leur collection aurait été perdue dans un grand musée français. Il vont nous la donner sur plusieurs années. Ces gens ont même acheté spécialement pour nous un Léopold Robert.»

Cette figure masculine figure déjà au mur. Un bon tableau. Comme quoi, cela sert parfois d'exposer en gloire, comme le Musée de La Chaux-de-Fonds vient de le faire, un artiste emblématique. Et un enfant du pays, en plus!

Pour les questions d'adresse et d'horaire, regardez l'article sur Konrad Klapheck une case plus haut dans le déroulé de ce blog.

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