Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée de Grenoble a longtemps été le temple de l'art contemporain en France

Alors que Paris n'avait rien et que le MoMA de New York restait une belle idée, le conservateur André-Farcy faisait entrer ici Picasso, Max Ernst, Chirico ou Modigliani.

L'entrée du musée inauguré en 1994.

Crédits: Grenoble Tourisme.

Voir l’exposition consacrée aux artistes grenoblois du XIXe siècle, c’est bien. Visiter le musée de fonds en combles c'est encore mieux. Mais attention! Le nouveau bâtiment inauguré en 1994, alors qu’Alain Carignon était le maire mégalomane de la ville (les choses ont très mal fini pour lui, la prison...) se révèle immense. Cinquante-sept salles. Un mastodonte de la taille du Fabre de Montpellier ou du Musée des beaux-arts de Lyon, mais en version moderne. Cela dit, l’architecture de l’édifice de la place Lavalette n’a rien du geste architectural. La seule chose frappante reste la largeur du corridor central blanc, entièrement vide. Deux attelages d’éléphants s’y croiseraient sans peine!

André-Farcy dans l'ancien musée. A droite, un monumental Matisse. Photo DR tirée du site du musée.

Fondé en 1798, donc tôt, le Musée de Grenoble possède comme il se doit une belle collection de maîtres anciens s’agrandissant encore ponctuellement. On sait que les régions offrent comme cela des ensembles remarquables qui, réunis, composeraient presque un second Louvre. L’originalité consiste cependant ici dans la présence majuscule d’art moderne. La capitale dauphinoise est longtemps restée un moteur de l’art contemporain en France. Les acquisitions sont allées bon train depuis le début des années 1920 sous l’impulsion du directeur Pierre André-Farcy (1882-1950). A titre de comparaison, je rappelle que le Musée d’art moderne de Paris a ouvert ses portes en 1947 et que le MoMA de New York fut inauguré en 1929.

D'innombrables dons

André-Farcy ne disposait pas de beaucoup d’argent. Il a reçu le don Agutte-Sembat en 1923. Matisse, Matisse et encore Matisse au milieu d’œuvres parfois signées Georgette Agutte. Le reste résulte du coup essentiellement de largesses. Picasso donne une pièce maîtresse en1921. Et si l’institution s’offre avec ses deniers un Modigliani en 1923, trois ans après la mort du peintre, Max Ernst, le marchand Paul Guillaume, Pierre Bonnard, Claude Monet se font mécènes. Même le Dr Barnes, avare comme pas deux, se fend d’un Chirico de la bonne époque. Le musée regarde alors courageusement vers l’Allemagne expressionniste, le Brésil naissant ou l’Italie bien réveillée sous l’apparent endormissement mussolinien. Ces curiosités vaudront à André-Farcy une arrestation en 1943 pour avoir montré de l’art dégénéré. Il s’en tirera…

Guy Tosatto et un Morandi. Photo FR3.

La suite voit défiler à la direction de Grenoble des noms qui comptent. Ils vont de Jean Leymarie (qui acquiert en 1952 le premier Giacometti des musées français) à Marie-Claude Beaud en passant par Maurice Besset (qui enseignera plus tard à Genève) ou Serge Lemoine (le futur directeur d’Orsay). L’ancien musée, abandonné en 1992, constitue une pépinière de talents. Des tableaux issus de ses collections parcourent le monde entier, alors que Paris reste en la matière une province. Aujourd’hui encore, sous la direction de Guy Tosatto, en poste depuis 2002, l’institution continue à tenir son rang. Tosatto est une tête. Il est du reste né en 1958 à La Tronche.

Une générosité attendue

Que faudrait-il pour que tout le monde soit content? Que Beaubourg y mette un peu du sien. Voire beaucoup. Alors que ses collections ont quintuplé depuis son ouverture en 1977, le centre parisien joue cependant les Harpagon. Il dort non pas sur son or, mais sur ses tableaux. Même son antenne de Metz ne dispose pas d’envois permanents. Ne serait-il pas mieux de disperser une moitié de cette manne, entassée de manière indécente? A tout prendre, le Musée de Grenoble est aussi grand en termes d’espaces que celui des quatrième et cinquième étages du Centre Pompidou! Il lui arrive d’avoir, pour certaines expositions (elles se révèlent très variées) presque autant de visiteurs… Y aurait-il là dessous du mépris ou de la jalousie?

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