Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée d'art moderne de Paris propose aujourd'hui son nouvel accrochage

L'institution de la Ville a été semi fermée durant quatorze mois. Tout est en ordre. Le public peut découvrir les XXe et XXIe siècles tels que les voit son directeur Fabrice Herrgott.

Sur le parvis, entre le musée et le Palais de Tokyo. Un haut lieu de l'Art Déco.

Crédits: Emilie Chaix, Musée d'art moderne de Paris

L’exposition Hans Hartung accompagne la réouverture du Musée d’art moderne de Paris devenu, pour faire plus court, le Musée d’art moderne de Paris. Les salles occupées par la rétrospective Zao-Wou-Ki, dont je vous ai parlé, ont donc retrouvé leur contenu habituel. Ou peu s’en faut. Elles ont aussi bénéficié d’un rafraîchissement lors de travaux ayant tout de même duré quatorze mois entre 2018 et 2019. Le but était notamment de mettre en valeur les volumes du Palais de Tokyo, construit pour l’Exposition universelle de 1937. Un chef-d’œuvre de l’Art Déco tardif, qui a mis du temps à se voir pris en considération. Il faut dire qu’au lieu des stars du modernisme, ce sont quatre architectes traditionnels (Jean-Claude Dondel, André Aubert, Paul Viard et Marc Dastugue) qui avaient été choisis. L’énorme décor extérieur sculpté était d’Alfred Janniot, connu pour ses frises du bâtiment phare de l’Exposition coloniale de 1931. Bref, l’ensemble apparaissait réactionnaire à ceux pour qui l’art reste «en avant toutes».

"La Fée électricité" de Raoul Dufy. Photo Succession Raoul Dufy, Musée d'art moderne de Paris.

Le lieu convient pourtant bien aux collections, gérées depuis 2006 par l’Alsacien Fabrice Hergott, 59 ans. Un monsieur dont la personnalité peut sembler si singulière que la longue notice (non signée) de Wikipédia tient de la démolition. Succédant à Suzanne Pagé, passée à la Fondation Vuitton, Herrgott (au nom admirable) propose une vision du XXe siècle diamétralement opposée à celle du Centre Pompidou. A Beaubourg, dont le musée reste sous la houlette de Marcel Blistène, c’est l’autoroute des avant-gardes internationales. Mais aussi le temple du convenu. Ce qui gênait a du reste fini en partie à La Piscine de Roubaix, qui connaît du reste un étonnant et durable succès public. Beaucoup d’abstractions. Peu de figurations. Au Musée d’art moderne de Paris, c’est le contraire. Il y a ici une option nationale. Et des réalismes. Figurent aux cimaises des noms qui sembleraient ringards à Beaubourg. Si «La Danse» de Matisse en constitue bien une vedette, la star n’en reste-t-elle pas la gigantesque «Fée électricité» de Raoul Dufy, conçue pour l’Exposition de 1937? Et si Pompidou accueille quelques sièges en tubulaire pour illustrer la modernité des arts décoratifs, il y a ici les meubles marquetés de Ruhlmann, chant du cygne des métiers d’art...

Un fonds très riche

Ces derniers ne figurent plus dans le parcours actuel. Il faut bien changer. Numériquement bien plus faibles que les collections modernes de l’État, celles de la Ville contiennent tout de même 15 000 pièces, dont 2800 entrées sous le règne de Fabrice Hergott. Pour compléter ses acquisitions, dont plus d’une centaine constituent un don du galeriste Michael Werner en échange d’une exposition à sa gloire, le directeur peut compter sur le contenu des donations Girardin (1953), Amos (1955) ou Henry-Thomas (1976, 1984, 1986). Plus les achats. Un fonds où Bonnard rejoint Buffet. Bernard Saby le tout aussi méconnu Georges Noël. Jean Fautrier, Judith Reigl. Edouard Vuillard, le Chirico de la fin. Eugène Leroy le sculpteur Etienne-Martin. Certains de ces noms font l’unanimité, certes. Mais montrer ce genres d’artistes n'en constitue pas moins une histoire de l’art à rebrousse-poils. Il y a en plus des signatures qu’on ne voit qu’ici en France, de Bernard Joubert à la Suissesse Miriam Cahn en passant par Marc Desgrandschamps. Les rigoristes (et Dieu sait si les gens de l’art moderne et contemporain sont sectaires!) voient là des déviances. Il est permis de penser à des enrichissements. L’histoire culturelle du XXe siècle est plurielle. La production contemporaine aussi. Alors pourquoi faut-il toujours des œillères?

La salle avec les Delaunay. Photo Musée d'art moderne de Paris.

Pratique

Musée d’art moderne de Paris, 12-14, avenue de New York, Paris. Tél. 00331 53 6740 00, site www.map.paris.fr Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.

Cet article en accompagne un autre, dédié à l’exposition Hans Hartung. Il se trouve une case plus haut dans le déroulé de cette chronique.

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