Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée d'art et d'histoire de Genève refait son accrochage des peintures

Après le XXe et le second XIXe siècle, Lada Umstätter a repensé les XVIe, XVIIe, XVIIIe et le début du XIXe. Il y a là beaucoup d'oeuvres sorties des dépôts et restaurées.

Le portrait de Marie-Thérèse d'Autriche. "Les Liotard seront désormais présentés par roulement."

Crédits: MAH, Genève 2019.

Acte 2. Ou du moins un et demi. Les salles du Musée d’art et d’histoire genevois ont poursuivi leur mue au premier étage. En charge des collections beaux-arts, Lada Umstätter avait déjà refait la fin du parcours il y a bientôt deux ans. Les choses vont lentement au MAH. Aujourd’hui, la conservatrice propose une nouvelle présentation des XVIe, XVIIe,XVIIIe siècles et de la première moitié du XIXe. Si les lieux peuvent sembler un peu vides, c’est parce que les sculptures ne sont pas encore en place. Il y aura également quelques objets. Un casque de la Renaissance notamment dans l’espace dominé par la «Sabina Poppea» de l’Ecole de Fontainebleau. Il s’agit de suggérer des rapprochements esthétiques. Pas question bien sûr de revenir au grand brassage des genres afin de créer ce que les Anglo-saxons appellent des «period rooms»!

N’en déplaise à l’actuel directeur du MAH, le parcours reste strictement chronologique. Il faut expliquer au grand public (les textes de cartels sont pour bientôt) l’histoire de l’art. «Le Musée d’art et d’histoire de Genève reste la seule institution suisse capable de raconter ce qui s’est produit en Italie, en France, dans les Flandres ou en Angleterre depuis la fin du Moyen Age», déclare Lada. «Il le fait sans véritables lacunes. Elles commencent chez nous dans les années 1930, moment où notre accrochage global s’interrompt.» Bien sûr, les grands noms manquent souvent! Nous ne sommes ni à Bâle, ni à Zurich. «Mais dans ces deux villes il existe d’énormes trous dans les collections, même si les actuels conservateurs tendent à les réparer quand ils le peuvent.» Le Kunsthaus vient ainsi de s’offrir un Titien, dont l’attribution ne fait cependant pas l’unanimité.

Lada Umstätter dans les salles de la fin du XIXe. Photo Tribune de Genève.

Pour l’instant, la salle d’ouverture centrée sur le retable de Conrad Witz («que nous allons retourner pour respecter la vision logique à l’époque») reste une musique d’avenir. Seuls quelques tableaux ont été tirés des réserves afin de remplir les cimaises. «Il faudra montrer que de ce retable sortent les deux genres qui vont dominer la peinture locale, le portrait et le paysage.» L’école genevoise se trouve en effet au cœur du projet. «Il y a l’influence hollandaise et celle de l’Angleterre.» Deux nations protestantes. Plus loin dans l’enfilade des salles, d’immenses portraits britanniques sans équivalent dans notre pays (Romney, Hoppner, Lawrence…) se verront ainsi proposés en face d’un mur constellé de petites effigies réalisées par des peintres comme Firmin Massot ou Jacques-Laurent Agasse. Des gens par ailleurs liés à la Grande-Bretagne. Le changement d’échelle frappe le visiteur. A Genève, tout reste petit, comme c’était le cas en Hollande quelques salles plus tôt.

Importantes restaurations

Avant cela, il y a eu la Renaissance, avec un grand Giulio Romano représentant Alexandre et une allégorie célèbre de Cornelisz de Haarlem provenant de la Fondation Baszanger (1). «Je voulais montrer, avec le maniérisme en vigueur à cette époque, des jeux de gestes et de regards.» La peinture hollandaise, naguère explorée pour un catalogue et deux expositions par Frédéric Elsig, a droit à une salle, bien sûr, mais aussi à de petits cabinets intimes. «Il y avait longtemps que ces œuvres, qui ont été reconditionnées et parfois restaurées chez nous dans l’atelier de Victor Lopes, n’avaient pas été vue à Genève.» Il se trouve là de beaux portraits de Jacob Adriaensz Baker et de Nikolaus Knupfer ou un étonnant «Boef écorché» réalisé en 1646 par Jan Victors. Les Pays-Bas sont un des fonds notables du MAH, alimenté au fil des générations jusqu’à (presque) aujourd’hui.

"L'hiver" de Calame (1851). L'une des quatre saisons. Photos MAH, Genève 2019.

Les murs ont été repeints de beige. Une originalité à notre époque de grand retour coloré pour les peintures anciennes. Autrement, c’est la nuit presque totale, qui convient il est vrai aux caravagesques, dont Genève détient plusieurs beaux exemples. Le public arrive après le grand XVIIe au portrait, vu sous son angle à la fois local et international. Une nouveauté (2) se remarque dans l’un des deux cabinets voués à Liotard («dont nous changerons régulièrement les pastels pour des raisons de conservation»). Il s’agit d’une huile représentant Madame Sophie, une des neuf filles de Louis XV. Le MAH possédait déjà le pastel. Les deux œuvres se retrouvent côte à côte, illustrant ainsi la spécificité des médias. La pose reste la même. Il s’agit sans doute d’une réplique. La princesse a juste changé de robe…

L'appel de l'Italie

Aux influences néerlandaise ou britannique succède l’appel de l’Italie. Corot, bien sûr, mais aussi Léopold Robert ou Alfred van Muyden. Toujours ce rappel des artistes d’ici, souvent aussi bons que ceux d’ailleurs. C’est naturellement l’occasion de montrer certaines toiles acquises bien trop cher au temps de Paul Lang. Je n’ai pourtant pas revu dans le nouvel accrochage de Lada Umsätter le morceau de panorama alpestre dû à Courbet, et acheté pour des millions de livres au temps de Laurence Madeline. Il faut dire qu’il ferait pauvre figure face aux Hodler et aux Calame. «Les quatre saisons de ce dernier sont les vraies icônes du musée si l’on en croit les visiteurs. Ce serait une révolution que de les retirer du parcours.» Notons cependant que le centre de la salle a perdu son cheminement de pierres dû à notre contemporain Richard Long. Il fallait changer d’idée. Protéger par ailleurs une pièce paradoxalement fragile. Une œuvre qui était là depuis le temps désormais lointain de Claude Ristchard, la conservatrice ayant le plus fait avec Charles Goerg pour l’introduction de l’art actuel au MAH.

"L'allégorie de la Fortune" de Cornelisz de Haarlem. Photo MAH, Genève 2019.

La jointure peut s’effectuer sans problèmes avec la partie déjà refaite, dont je vous avais parlé à l’époque. Je dirais même que la fin se retrouve aujourd’hui explicitée par le début. Il ne s’agit pourtant là que d’une simple proposition. Rien d’immuable. A mon avis un accrochage de ce type ne devrait pas rester en place plus de cinq ans. On verra ce qu’il en ira à Genève, où tout tend à rester plutôt immobile, même si la nouvelle direction de Marc-Olivier Wahler aimerait rebattre les cartes. La carte l’intéressant visiblement le moins étant celle des collections. Or qu’est-ce qu’un musée sans fonds permanents, sans chercheurs et sans publications?

(1) Il y a longtemps que la Fondation Baszanger, qui a réservé des déceptions sur le plan des attributions voire de l’authenticité, a cessé de se voir présentée comme un tout.
(2) Le musée a par ailleurs acquis des Fontanet quatre œuvres de Jean-Pierre Saint-Ours et des héritiers d’une autre famille les carnets de Walther Fol, dont le musée privé a rejoint le MAH en 1910. «Un document capital pour l’histoire de nos collections.»

Pratique

Musée d’art et d’histoire, 2, rue Charles-Galland, Genève. Vernissage officiel le 27 mars. Tél. 022 418 26 00, site www.institutions.ville-geneve.ch/fr/mah/ Ouvert du mardi à dimanche de 11h à 18h.

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