Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée Barbier-Mueller a sorti sa revue annuelle "Arts & Cultures". Thème? "La transmission"

Le parcours commence avec la lointaine préhistoire pour se terminer an compagnie des petits-enfants Barbier-Mueller. Une quatrième génération de collectionneurs.

Josef Müller. Aux origines de la collection. Sa soeur achetait aussi de la peinture...

Crédits: DR, Musée Barbier-Mueller, Genève 2021.

Aucun doute. C’est une statue de Nouvelle-Irlande. Magnifique, du reste! Je fais des progrès. Et si j’en accomplis, c’est en grande partie dû à ma fréquentation du Musée Barbier-Mueller (rue de l’Ecole-de-Chimie, puis rue Calvin) et à la lecture de sa revue annuelle «Arts & Cultures». «Arts» se voit écrit sur la couverture bien plus gros que «Cultures». Les priorités se retrouvent cependant volontiers inversées. Les articles publiés se révèlent en effet très savants. Ils sont souvent rédigés par des historiens tout court ou des anthropologues.

L’édition 2021 d’«Arts & Cultures» a paru. Un thème unique parcourt sur ses quelque 260 pages. Il s’agit de «La transmission». Il est vrai que le mot peut recouvrir quantité d’acceptions. Il est à la fois universel et intemporel. Rien d’étonnant du coup à ce que l’ouvrage s’ouvre avec un grand texte de Marylène Patou-Mathys, qui travaille au CNRS. L’auteure brasse non pas des siècles, mais des dizaines de millénaires. Les débuts de l’humanité restèrent infiniment lents. Il s’agit pour elle de raconter «Les savoir et les savoir-faire et leur transmission aux temps préhistoriques». Vaste chantier, où les Néandertaliens, qui nous passionnent aujourd’hui, croisent les Homo Sapiens. Comment la «pérennité des compétences» s’est-elle vu peu à peu assurée, les talents des héritiers restant cependant par définition inégaux? Et de quelle manière peut-on le savoir?

Tous les continents

Logiquement suivent l’Egypte pharaonique, traitée par le Genevois Michel Vallogia, où les scribes apprenaient leur métier à coups de bâton, la Grèce traitée par Jacques Chamay et la Chine des Tang, vue à l’aide d’un cheval par Estelle Niklès van Osselt et Marie Orsi. L’archéologie fait ensuite place aux civilisations actuelles en danger, des Kayapo et leurs plumes du Brésil aux Songye-Tempa du Congo. Vous voyez qu’on voyage ici énormément. Le parcours va du reste ensuite passer par l’Inde, où les bijoux peuvent se voir perçus comme des «instruments de transmission», et l’île de Nias en Indonésie. Nous sommes ici parmi les figures d’ancêtres en bois, avec une contribution particulièrement pointue d’Arlette Ziegler et Alain Viaro. Je me suis un peu perdu dans leur «Tableau récapitulatif des différentes statues de bois adu». Ce n’est évidemment pas tout! Après les pages attendues sur la Nouvelle-Irlande, il y a les Dolganes sibériens avant que Nigel Barley vienne apporter un peu d’insolence au milieu de ces propos très savants. Il est en compagnie d’Oscar Wilde «et la pensée sauvage». Barley n’a pas peur de dire «je».

Après une contribution d’Anne Pastor sur «La voix des femmes» (c’est l’année ou jamais!), un texte de Jean-Marie Hosalle sur Notre-Dame de Paris, vue comme un objet patrimonial, et enfin un apport personne d’Emmanuel Pierrat sur son expérience de la bibliothèque, la revue se termine sur des notes familiales. Les Barbier-Mueller en arrivent aujourd’hui à la quatrième génération de collectionneurs depuis 1907, ce qui devient exceptionnel. Le gène ne traverse de nos jours plus tellement le temps. Pourquoi ne pas interroger les petits enfants de Jean-Paul et de Monique un à un sur «l’art en héritage»? Après tout, ce sont eux qui incarnent l’avenir, leurs parents se contenant tout bonnement d’incarner le présent (1). Réponses pour le moins diverses…

En avant-première, "Samurai" qui sera la grande exposition Barbier-Mueller à Berne dès le mois de novembre. Photo Historisches Museum, Berne 2021.

(1) L’Ann et Gabriel Barbier-Mueller Museum, qui se trouve à Dallas, sera présent à l’Historisches Museum de Berne du 4 novembre au 5 juin 2022. «Samurai» présentera bien sûr en priorité des armures japonaises.

Pratique

«Arts & Cultures 2021», publié par le Musée Barbier-Mueller, 260 pages.

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