Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Mobilier National va rendre 800 meubles et objets à Versailles et Fontainebleau

C'est une nouvelle preuve de bonne volonté après le rapport accablant de la Cour des Comptes française en 2019. L'institution séculaire y était dite "à bout de souffle"!

Il y a de tout dans les réserves du Mobilier National.

Crédits: Manuel Cohen, AFP

C’est une bonne nouvelle. Il n’y en a pas beaucoup en ce moment. Mais il faut aussi dire que, journalistiquement parlant, le positif et le rassurant ne dégagent aucune valeur commerciale. Je suppose du reste que vous l’avez remarqué en suivant vos médias favoris depuis le début de la pandémie... Or donc, le Mobilier National va déposer plus de 800 meubles et objets aux châteaux de Versailles et de Fontainebleau, d’où ils proviennent. Compiègne semble avoir été oublié dans la bataille. Cela signifie que ces œuvres seront enfin visibles par le public, d’autant plus qu’on ne se bouscule pas en ce moment dans les anciennes demeures royales. C’est même le désert, faute d’Asiatiques et d’Américains, en particulier à Versailles.

L'institution a entassé des meubles souvent très moyens. Photo DR.

Le Mobilier National continue ainsi à redorer un blason bien terni. Le lieu fournissant en priorité les 658 «lieux du pouvoir français» connaît en effet bien des malheurs. Il peine à se remettre d’un rapport circonstancié certes, mais dévastateur de la Cour des Comptes, rendu public début 2019. Ses trente pages dénonçaient un «fonctionnement archaïque» de l’héritier républicain du dynamique Garde-meuble de la Couronne, puis Mobilier impérial. Rien ne se voyait épargné à cette institution «à bout de souffle» (comme chez Jean-Luc Godard!). Il y aurait les «querelles intestines». Le peu de travail fourni par les prestigieux artisans. L’encombrement des réserves, situées aux Gobelins. Le manque de créativité. Il faut dire que le nombre d’objets nouveaux a été divisé par dix par rapport aux années 1960 ou 1980… Aucun détail n’avait échappé aux enquêteurs (1). Ceux-ci s’étaient même inquiétés du nombre de bouteilles d’alcool vues le long de leurs parcours.

Ventes et éditions

Depuis un an, le Mobilier national a déjà annoncé de ventes de meubles médiocres dont plus aucun ministère ou ambassade ne voudrait. Il y a eu l’annonce d’un partenariat avec le privé afin de lancer des meubles (design) inédits sur le marché international. La déclaration d’intention actuelle va dans le même sens. Pourquoi ne pas restituer aux châteaux royaux ce qui en provient? Il existe en plus une crise d’image de marque du meuble ancien. Si le général de Gaulle ne se serait jamais adressé à la Nation sans un bureau Louis XV d’époque devant lui, les actuels détenteurs de la puissance publique préfèrent le moderne. Il donne une idée d’avenir. On avait évidemment pas besoin de cette notion en 1960. Le futur s’annonçait alors brillant… Et brillants, avec des pépites humoristiques, les discours du général l'étaient par ailleurs bien plus que ceux d'Emmanuel Macron.

Le général de Gaulle derrière son bureau Louis XV. Photo AFP.

La restitution permettra en plus de mettre fin, après plus d’un demi siècle, à la question du remeublement de Versailles ou de Fontainebleau, le premier ayant été vidé à la Révolution. Tout avait débuté dans l'acrimonie. Le Louvre s’était fait taper sur les doigts dans les années 1960, notamment pour rendre notamment le bureau de Louis XV. Un chef-d’œuvre dont la fabrication avait demandé sept ans aux menuisiers, bronziers, doreurs et ingénieurs (2). Il y a eu depuis des dons d’«Amis» et des achats dispendieux aux frais de mécènes. Avec des couacs. Surtout quand certains meubles se sont par la suite révélés faux. Mais je ne vais pas jouer ici les rabat-joie. Il ne sera pas question cette fois des chaises de Marie-Antoinette!

(1) Un autre rapport a dénoncé le nombre effarant d’objets volés au Mobilier National, notamment par les ambassadeurs en fin de mandat.
(2) Un système ingénieux permettait notamment de remplir les encriers sans ouvrir un meuble coffre-fort celant tous les secrets d’État!

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."