Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Michael Jackson "arty" venu de Londres fait un flop mérité au Grand Palais parisien

Les fans du chanteur, mort il y dix ans, s'attendaient à un hommage fétichiste. On leur sert à la place un machin conceptuel et décalé. ils n'y trouvent pas leur compte. D'où une faible fréquentation.

Le portrait équestre à la manière de Rubens de Kelinde Wiley.

Crédits: AFP

C'est le flop qui fait flipper. Michael Jackson n'arrive pas à remplir à Paris le Grand Palais. Dix ans après sa mort, le chanteur aurait dû faire déborder les caisses avec «On the Wall», qui arrive de la National Portrait Gallery de Londres avant de repartir pour Bonn, puis la Finlande. Les premiers chiffres sont mauvais, comme peut le découvrir le lecteur du numéro de février de «Beaux-Arts Magazine». En vingt-neuf jours, la manifestation montée par Vanessa Desclaux et Nicholas Cullinan n'a attiré que 69 999 visiteurs, soit une moyenne de 2403 par jour. Une misère par rapport aux 6962 personnes ayant vu chaque jour au musée d'Orsay «Picasso, Bleu et rose». Ce n'est pourtant pas la publicité et une presse plutôt racoleuse qui ont manqué!

Que s'est-il passé? «Beaux-Arts» incrimine les fermetures dues aux Gilets Jaunes, qui deviennent aujourd'hui les coupables universels. Elle n'ont pourtant pas été bien nombreuses, ces clôtures! Pour avoir vu l'exposition en début de soirée, je peux dire qu'il y a en fait maldonne. Les fans un peu vieillis s'attendaient à un hommage fétichiste, avec plein d'objets ayant appartenu à la star. Il n'y a rien de tout cela au Grand Palais. L'exposition se veut archi conceptuelle. Ou alors décalée. Rien qui puisse satisfaire les attentes d'un public plutôt populaire. Impossible pour lui de se raccrocher à quelque chose, face à ses œuvres sentant bon le jus de crâne. Pourquoi lui montrer les trois micros sans rien derrière, réunis par David Hammons? Surtout avec le texte suivant: «L'artiste interroge à travers cette œuvre les stéréotypes culturels et les problèmes raciaux.» Et voilà ce qui est dit à propos d'un Todd Gray, dont j'ai déjà miséricordieusement oublié les apparences. «C'est l'ultime image du chanteur pour imaginer l'impact des données post-coloniales sur la construction des notions de race, de classe et de genre.» De qui se moque-t-on?

Jeff Koons absent

Passée la première pièce, qui est un immense tableau de Kehinde Wiley encore inachevé à la mort de Bambi, représentant le chanteur sur un cheval à la manière de Rubens, le visiteur se fait ainsi bercer de méta-langage, alors qu'on lui montre un peu n'importe quoi. Beaucoup d’œuvres se révèlent récentes. Elles vont du meilleur (un portrait de Ian-Pei-Ming) au pire (la vidéo commandée à François Chaignaud). Il n'y a même pas le plus connu. Les collectionneurs possédant les trois exemplaires archi dorés de la statue en porcelaine de Michael Jackson avec son singe favori ont refusé de participer à cet entreprise un peu désespérée.

Dans ces conditions, le bouche à oreille a dû suffire. N'y allez pas! Vous ne trouverez pas là votre compte. On vous a volé votre Michael Jackson pour en faire un objet intellectuel un peu «arty». C'est un peu comme si on écrivait un livre sur Johnny Hallyday avec des textes de Georges Didi-Huberman et de Philippe Sollers, avec en prime des photos légendées de Sophie Calle. Le résultat apparaîtrait aussi inconsommable que ce Michael Jackson. Dans ces conditions, on peut définitivement enlever les barrières destinées devant l'entrée à contenir le public. On se demande en fait à qui cet «On the Wall» peut bien s'adresser.

Pratique

«Michael Jackson, On the Wall», Grand Palais, avenue Winston-Churchill, Paris, jusqu'au 14 février. Tél. 00331 44 13 17 17, site www.grandpalais.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 10h à 20h, les mercredis, vendredis et samedis jusqu'à 22 heures.

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