Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Mexique échoue à faire capoter une vente d'archéologie précolombienne à Paris

Christie's proposait quarante pièces parfois importantes le 9 février. Tout est parti, sauf trois oeuvres, et ce à des prix sérieux. Le marché n'a pas été cassé.

La déesse, l'une des rares pièces n'ayant pas rempli les espérances des vendeurs.

Crédits: Christie's, Paris 2021.

Que viva Mexico? Je ne sais pas. Un bras de fer vient d’opposer le Mexique à la maison Christie’s. Il s’agissait comme d’habitude d’une demande d’annulation de vente. L’Institut national d’anthropologie et d’histoire s’opposait à la dispersion à Paris, le 9 février, de quarante objets triés sur le volet par la multinationale. Selon sa direction, 33 d’entre eux auraient dû se voir rapatriés dare-dare pour le pays d’Emilio Zapata et de Frida Kahlo. Il s’agirait là de sorties illicites provenant des fouilles illégales pullulant dans le pays. On connaît la chanson, déjà entendue en 2019 à propos d’une autre vente parisienne, proposée chez Millon cette fois. Me Millon avait donné du marteau comme si de rien n’était.

Cette fois, il s’agissait de pièces de haute qualité. La vente était plusieurs fois tombée à l’eau. Pour des motifs sanitaires, je précise. La preuve! J’ai reconnu là des objets que j’avais vus l’hiver dernier dans un salon de Christie’s, avenue Matignon. Il y avait notamment la grande (87 centimètres) terre cuite représentant la déesse Cihuateotl, issue de la culture de Vera Cruz. Plus un ou deux masques spectaculaires, dont l’un provenait de la collection de Pierre Matisse (le fils d’Henri). Maya, Colima, Mezcala, Inca. Il y avait été prévu au menu de Christie’s toutes les civilisations précolombiennes désirables dans la vente «Quetzalcoatl, Le serpent à plumes».

Une loi du XIXe siècle

Il me faut maintenant préciser que le Mexique a non seulement une politique agressive de demandes de restitutions, mais que le pays tient peu compte de l’Unesco. Le pays a édicté une loi nationale du XIXe siècle protégeant son patrimoine archéologique. Elle serait du coup valable dans le monde entier. On sait que la date choisie pour les accords Unesco blanchit cependant ce qui s’est exporté avant 1972, à moins d’un vol évident. Christie’s n’est pas tombé sur le tête. La multinationale n’avait inclus dans son catalogue, par ailleurs très bien fait, que des œuvres bardées de références. Historiques en béton. Expositions déjà lointaines. Publications itou. Il s’agissait à la fois de pouvoir répondre au Mexique et de se garantir, dans la mesure du possible, contre les faux surabondants dans le domaine précolombien (1). Notez que la nation sud-américaine a ici frappé très fort. Elle demandait la récupération de la majorité des œuvres, tout en qualifiant les autres de copies. Un jeu dangereux. On sait que l’archéologie du Mexique, du Guatemala ou de l’Equateur a subi tant de restaurations, surtout dans le domaine de la céramique, que l’authenticité devient ici une notion très relative.

Le masque ayant appartenu à Pierre Matisse. Photo Christie's, Paris 2021.

Inutile de dire que le gouvernement français n’a pas levé le petit doigt. La vente a bel et bien eu lieu le mardi 9 février. Evidente, la volonté de «casser le marché» précolombien n’a pas marché. Seules les pièces les plus importantes n’ont pas fait autant que prévu (2). J’ai regardé sur le site. Il n’y a eu en tout que trois invendus, ce qui me semble peu. Les prix des «petites choses» ont explosé, allant jusqu’à quintupler les estimations. Le total des encaisses s’est monté à 2 539 125 euros, taxes comprises. Il y a visiblement toujours une demande, l’exportation depuis la France pouvant maintenant poser des problèmes aux acquéreurs. Il faut dire que les origines avaient tout pour rassurer, ce qui devient capital en archéologie. Outre le galeriste Pierre Matisse, j'ai noté comme ex-propriétaires Jacques Kerchache, l’inventeur du Musée du Quai Branly, ou le Lausannois Gérard Geiger. Des références.

(1) Le plus célèbre cas de faux est le crâne en cristal de roche du Quai Branly. Supposé très ancien, celui-ci daterait en fait du XIXe siècle comme les autres objets de ce type. Mais ce sont des chefs-d’œuvre, ce que le musée est le premier à déclarer. Alors quid?
(2) La déesse dont je vous parlait s’est contenté de 500 000 euros tout compris, alors que l’estimation se situait entre 600 000 et 900 000 sans les dits frais.

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