Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le MEG genevois entend changer. Où en sont les autres musées suisses d'ethnographie?

Ailleurs tout bouge aussi. Neuchâtel va rouvrir. Lugano l'a fait en 2018. Le Rietberg zurichois vient de changer de mains. Les Barbier-Mueler continuent. Baur élargit son champ d'action.

"Fiction Congo" vient d'ouvrir au Rietberg avec de l'art tribal et des créations contemporaines mélangés.

Crédits: Museum Rietberg, Zurich 2019.

Je vous ai parlé hier du MEG genevois qui s'apprête à virer sa cuti, comme dit le vulgaire. Du politiquement correct et des expositions thématiques dès 2021. Je rappelle que le musée d'ethnographie genevois reste l'un des plus importants de Suisse, même si ses collections se limitent à environ 75 000 objets. Parmi ceux-ci se trouvent quelques chefs-d’œuvre d'art premier, mais pas beaucoup. Ses fondateurs et directeurs, d'Eugène Pittard à Marguerite Lobsiger-Dellenbach, demeuraient plus proches de l'étude des peuples étrangers que des arts extra-européens.

Je vais profiter de l'effet d'annonce de son directeur Boris Wastiau pour tenter un petit tour de Suisse. Où en sont les autres institutions publiques ou privées s'intéressant à l'Océanie, à l'Afrique ou à l'Asie? On sait que dans la crise d'identité actuelle des musées, qui touche en priorité les anciens lieux ethnographiques appelés par des groupuscules à la repentance (1), les réponses divergent. Elles vont du silence poli au grand bouleversement.

Bâle

A Bâle, l'ancien Museum für Völkerkunde a été frappé tôt par le politiquement correct. Il est devenu le Museum der Kulturen en 1996. Peu après, il procédait à son agrandissement, confié au tandem Herzog & DeMeuron. Un beau bâtiment, mais vide. L'exposition inaugurale des collections permanentes ne comprenait plus que 43 objets, alors qu'il y en avait auparavant des milliers. Il faut dire que Bâle conserve plus de 320 000 artefacts et environ 50 000 photos historiques. Pour voir certains d'entre eux, il faut visiter les expositions internationales, le Museum der Kulturen prêtant heureusement beaucoup. Un naufrage.

Berne

A l'Historisches Museum de Berne. Photo fournie par le musée.

Berne conserve ses collections extra-européennes à l'intérieur de l'Historisches Museum, ce qui peut sembler étrange. Il posséderait ainsi 60 000 objets, dont des pièces de référence sur Hawaï, ramenées dans la ville à la fin du XVIIIe siècle par un compagnon du Capitaine Cook. Le tout se trouve pris en sandwich sur un étage entre l'archéologie locale et d'admirables tapisseries médiévales. Il y a parfois une grande exposition de caractère ethnographique. L'actuelle, ouverte le 7 novembre, s'intitule «Homo Migrans».

Neuchâtel

Le Musée d'ethnographie de Neuchâtel, devenu le MEN, a un passé glorieux. Il reste placé sous le signe de la triade formée par Arnold Van Gennep, Jean Gabus et Jacques Hainard. Ce dernier a remplacé dans les années 1980 les expositions sur des peuples exotiques par des présentations thématiques. Elles ont changé le caractère de la discipline. Tout est devenu ethnographique, y compris la Suisse et ses actuels habitants. Hainard a ainsi formé beaucoup de disciples Le lieu, riche de 50 000 objets, connaît depuis longtemps des travaux ayant amené à des fermetures. Il devrait rouvrir complètement le 25 janvier 2020 avec «Le mal du voyage».

Zurich

A Zurich le Museum Rietberg vient de changer de mains. Le 1er novembre, Annette Bhagwati est venue remplacer Albert Lutz. Ce dernier avait transformé en profondeur l’institution, créant l'extension souterraine dont Genève s'est beaucoup inspiré pour le MEG. On verra comment évolue un musée avant tout tourné vers les arts asiatiques. Il comporte des collections admirables (25 000 objets), dont certaines (la Fondation Meiyintang, La Fondation Alice et Pierre Uldry) sont en dépôt permanent. Le Rietberg a accompli un gros effort de clarification des provenances, dû à sa fondation en 1950 par le sulfureux baron von der Heydt. Il présente en ce moment trois expositions. Une sur l'Inde. La seconde sur le Japon. La troisième, entre passé et présent, s'intitule «Fiction Congo».

Lugano

Au Museo delle Culture de Lugano. Photo DR.

L'histoire du Museo delle Culture de Lugano apparaît tourmentée. Né en 1985, ouvert en 1989, il abritait au départ les collections du surréaliste Sergio Brignoni (1903-2002). L'Heléneum, immense villa néo-classique construite dans les années 1930, lui servait alors de cadre. Elle se trouvait à côté de la Favorita des Thyssen. Le départ de ces derniers a mis le musée en berne. Il a même failli fermer ses portes. Le brassage culturel ayant amené à la formation du LAC a libéré la Malpensata. Cette maison a été éventrée (l'intérieur de béton datait des années 1960) pour abriter une nouvelle version du Museo, inaugurée en mai 2018. Au fonds africain de départ s'est notamment joint un superbe ensemble d'estampes japonaises.

Genève

A Genève, le Musée Barbier-Mueller a survécu à la disparition de ses fondateurs Jean-Paul et Monique. La programmation continue. En ce moment, elle tourne autour du Mali avec des objets de la collection et des photos de Malik Sidibé. Il y a aussi la sortie des livres de la Fondation sur les micro-peuples en voie de disparition. Le musée privé développe ainsi des projets jusqu'en 2024. En mars 2020, une exposition réunira ainsi les «Barbus Müller», des sculptures acquises comme celtiques et qui se sont révélées d'un artiste brut des années 1900-1920.

Le Musée Baur, également privé, continue par ailleurs sa trajectoire. Il ne s'agit plus simplement de l'endroit où se trouvent les œuvres chinoises et japonaises réunies par les fondateurs Alfred et Eugénie Baur. Agrandi trois fois, le lieux a accueilli des présents qui en ont partiellement modifié le caractère. Une salle sous les toits accueille ainsi en gloire les donations, récentes ou non.

(1) Je profite de l'occasion pour signaler que Stéphane Martin quittera son poste à la tête du Quai Branly le 4 janvier 2020. Paris n'arrive pas à lui trouver de successeur, alors qu'il y a la crise des restitutions, qui pourrait se muer en dépôts dans les pays africains. Tout semble ouvert.



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