Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le MCB-a de Lausanne publie très en avance son livre sur le vidéaste Jean Otth

L'exposition était prévue pour cet été. Elle s'est vue reportée à 2021. Le catalogue très illustré (et au graphisme à la mode) peut se lire de manière indépendante.

Jean Otth dans les années 1980.

Crédits: ASL.

C’est le second livre d’accompagnement pour une exposition qui n’a pas lieu. Du moins pas encore. La rétrospective Jean Otth du MCB-a de Lausanne devait se dérouler à Lausanne du 19 juin au 13 septembre 2020. Elle s’est vue repoussée à 2021. Il fallait d’abord laisser «A fleur de peau», la présentation inaugurale du bâtiment sur la Vienne 1900, terminer sa carrière après le confinement. Les dates du Kiki Smith, qui se profile dans le nouveau musée pour le 9 octobre, semblaient indéplaçables. Le Vaudois attendra donc un peu son premier hommage d’envergure depuis sa mort en 2013.

Une vidéo pionnière. Photo tirée du site Jean Otth.

Je vous ai déjà parlé de «Echec et scotomie» il y a quelque temps. C’était là, publié chez art&fiction, un texte autobiographique lumineux du pionnier suisse de l’art vidéo. «Travaux/Works» (l’ouvrage se révèle bilingue) constitue le catalogue de la future exposition. Oh, un catalogue tenant plutôt de l’accompagnement général! Il n’y a pas là les œuvres prises une à une, avec petit commentaire pour chacune. Dans ce bouquin tourné vers l’image, ce qui peut sembler logique pour un homme ayant beaucoup réfléchi sur celle-ci, les illustrations jouent un rôle essentiel. Il n’y a en fait que quatre courts textes, dus à Nicole Schweizer, commissaire de la manifestation, Geneviève Loup, Agathe Jarczyk et Robert Ireland. Elisabeth Jobin signe les indispensables «annexes» comprenant la biographie, les expositions et la bibliographie de l’artiste, vu notamment au Mamco genevois en 2013. Le septuagénaire était alors encore vivant.

Portfolios illustrés

Les textes ne se révèlent pas toujours d’une lecture facile. Ils sont truffés de mots relevant du jargon de la critique d’art moderne ou de la philosophie. Kant, Baudrillard, Didi-Huberman, Merleau-Ponty se voient ainsi fortement mis à contribution. Pour une fois, il ne s’agit pas là d’épater une galerie avant tout formée de confrères. Ces noms se retrouvent chez Otth, artiste et enseignant, dont les réflexions théoriques apparaissent nombreuses et multiples. Il s’agissait ici non pas d’obscurcir, mais d’éclairer. N’empêche que les propos de John Ireland exigent plusieurs lectures successives. Les gros portfolios encartés dans ce livre au graphisme très mode parlent heureusement d’eux-mêmes. Ils nous montrent un Otth peintre, puis vidéaste (comme on pouvait l’être dans les années 1970) et enfin artiste inclassable à partir de 1990. On attend de voir tout cela dans les salles du MCB-a l’année prochaine (si tout va bien).

"Le mythe de la caverne". Jean Otth, son ombre et sa silhouette. Photo Succession Jean Otth, MCB-a, Lausanne 2020.

Pratique

«Jean Otth, Travaux/Works 1964-2013», ouvrage collectif bilingue français-anglais, édité par le Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne et Scheidegger & Spiess, 224 pages.

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