Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le MCB-a de Lausanne acceuille les vidéos d'Anne Rochat, Prix Manor Vaud 2020

L'Espace Projet montre huit oeuvres simultanément sur ses murs blancs. L'exposition se fera en trois étapes. "In Corpore" rappelle un peu trop Marina Abramovic

Anne Rochat devant le MCB-a.

Crédits: 24 Heures.

Et de trois! L’Espace Projet du Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne (MCB-a) en arrive à sa troisième présentation depuis son ouverture à l’automne 2019. Tout a commencé avec le «4’224,8» de Taus Makhacheva. La Russe s’interrogeait sur la disparition, à un moment inconnu, de ces quelques centimètres carrés dans un Degas du musée. Je vous en avais parlé. Ce fut ensuite «La cathédrale engloutie» de Jorge Macchi. Là, je me suis fait avoir entre deux fermetures. J’avais pourtant vu cette installation, où l’Argentin parlait à la fois de la principale église de Lausanne et de d’une ville d’Ys revue et mise en musique par Claude Debussy. Il y avait là des sons et une sorte de boyau bleu géant se tortillant dans la salle. Une étonnante rencontre entre le cor des Alpes et le tuyau d’arrosage... Avec peut-être même un lointain rappel du ver solitaire.

La présentation de Macchi n’ayant pas été prolongée, l’institution en arrive maintenant à l’«In Corpore» d’Anne Rochat. L’artiste a reçu le Prix Manor. Celui du canton de Vaud, la chaîne de magasins en décernant plusieurs autres, dont un à Genève. L’accueil du gagnant ou de la gagnante fait partie des devoirs de fonction du musée. C’était aussi naguère le cas chez nous pour le Mamco. Il s’agit à Lausanne d’événements souvent contestés. Je vous avais ainsi parlé de l’arrivée, dans l’ancien bâtiment situé à la Riponne, d’Annaïk Lou Pitteloud en 2016. La lauréate s’était contentée de couper en hiver le radiateur d’une immense salle et d’ouvrir bien grandes les fenêtres sur le plafond. Cette «œuvre» résolument minimale avait pour le moins jeté un froid.

Une artiste très récompensée

Le musée revient à des choses plus classiques avec Anne Rochat. Performeuse et vidéaste (la vidéo offrant l’avantage de mettre les performances en conserves), cette native de la Vallée de Joux est bien connue depuis une dizaine d’années. Née en 1982, elle a fini l’ECAL en 2008. La débutante a su trouver les bonnes filières pour bénéficier de résidences exotiques, notamment à Rome et à Buenos Aires. Avant le Manor, elle a parallèlement reçu de nombreux prix. Le plus dur est de décrocher le premier. En général, les autres suivent, comme les bourses. Il pleut toujours où c’est mouillé. L’enseignement constitue généralement un point d’aboutissement. Bien qu’installée à Berlin, la ville où l’on se doit aujourd’hui de vivre pour avoir l’air d’un(e) véritable artiste contemporain(e), Anne est ainsi devenue responsable en 2018 de l’Unité performance de l’ESAV valaisan. Côté écoles, la Suisse romande est bien pourvue.

Une vue de l'exposition. Image tirée du site d'Anne Rochat.

A Lausanne, l’exposition d’Anne Rochat se déroule dans un espace blanc et nu. Les murs servent de support à huit projections simultanées. Le visiteur peut donc les suivre individuellement, ou les balayer du regard comme un spectateur devant un court de tennis. Il y aura trois fournées. L’actuelle dure jusqu’au 3 janvier. La suivante est agendée (mais tout peut bien entendu changer!) du 5 au 24 janvier 2021. La troisième enfin du 26 janvier au 14 février, jour de la Saint-Valentin. Les œuvres datent d’époques diverses. Il y a un peu de tout, placé comme il se doit sous le signe du corps. Le mot «performance» doit en effet s’entendre ici dans les deux acceptions du terme. Il y a la représentation, mais aussi l’effort continu. Tenir immobile sur un rocher dans l’au. Marcher le long de la Muraille de Chine. Respirer sous une cagoule hermétique en latex. Nager en traversant le Yang-Tse-Kiang. Ou de nuit dans un lac suisse.

Une forme qui se cherche

Evidemment, derrière ces gestes et ces attitudes, il est facile, trop facile, de reconnaître en Anne Rochat une disciple de Marina Abramović. Elle devient du coup une sorte de «Marina du pauvre». D’une part, elle prend tout de même moins de risques physiques. De l’autre, la Suissesse éprouve de la peine à conférer une forme plastique à ces films. La marche de la Serbe sur la Grande Muraille, son acolyte Ulay venant à sa rencontre en accomplissant des milliers de kilomètres, possède tout de même une autre allure que la promenade d’Anne dans l’ex-Céleste Empire. Là, c’est long en dépit du minutage. Un peu ennuyeux. La performance sur le corps et en tant de spectacle se triple du coup de celle du visiteur. Comment tenir éveillé en regardant tout ça?

Cela dit, comme toujours, il y a d’autres gens que moi qui aiment et apprécient.

Pratique

«Anne Rochat, In Corpore», Musée cantonal des beaux-arts, 16, place de la Gare, Lausanne, jusqu’au 14 février. Tél.021 316 34 45, site www.mcba.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. Normalement, le canton de Vaud laisse encore ses musées accessibles au public.

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