Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le MBAL du Locle raconte l'histoire de la revue de photos belge "Variétés"

Le Musée des beaux-arts propos les images qui ont ponctué les trois ans d'existence de ce mensuel tournée vers les avant-gardes. Une belle réussite sur fond bleu roi.

"Funkturm Berlin" par Lázlo Moholy-Nagy, 1928.

Crédits: Courtesy Amsab-ISG, GAnd 2020.

J’avais vu l’exposition à Arles. Elle se retrouve au Locle, qui fait beaucoup pour la photographie sous la direction de Nathalie Herschdorfer. Il s’agit là d’une double exhumation. Il y a d’abord les tirages originaux. Ils ont réapparus à l’Amsab, ou Institut d’histoire sociale de Gand. Un lieu plutôt inattendu. Les précieux «vintages» ont été retrouvés il y a une vingtaine d’années, noyés au milieu de 150 000 images de presse. Mais la revue dont ils provenaient ne laissait elle-même plus qu’un pâle souvenir. Qui se rappelle aujourd’hui de «Variétés»? Un mensuel belge ayant connu une existence éphémère entre 1928 et 1930.

L'exposition au Locle. Photo MBAL, Le Locle 2020.

«Variétés» avait été fondé, dans l’ébullition de la fin des années 1920, par Paul-Gustave Van Hecke et E.T.L Mesens. L’idée était de sortir des reportages sur les courants artistiques émergents sans faire de distinction entre les arts. Finies les hiérarchies! La chose explique la présence de la photo, que peu de gens considéraient encore comme un huitième art. Celle-ci va finir par tout envahir. Il faut dire que l’Europe entière semblait alors prise d’une frénésie d’expérimentation en ce domaine. Des noms se révélaient sans cesse, du Hongrois Lázlo Moholy-Nagy à la Française Florence Henri. Aujourd’hui tout cela semble très convenu. Trop convenu même, parfois. Mais à l’époque ces nouveautés restaient sensationnelles. Il suffit de relire les mots introductifs des fondateurs. «C’est la revue qu’on ouvre sans se douter même de ce qu’on y trouvera.»

Vingt-cinq numéros

Sur un fond bleu roi bien vif, avec un bel accrochage à la fois varié (l’adjectif s’imposait!) et imaginatif se retrouvent 170 images issues de l’ensemble des 25 numéros parus. Les noms sont devenus, ou restés célèbres. Il y a aussi bien là Eli Lothar que Man Ray, Berenice Abbott, André Kertesz que Germaine Krull. Beaucoup de photos constituent aujourd’hui des icônes. Ce n’est pas toujours bon signe. Le respect momifie. Il s’agit aussi là de nos jours d’un certain manque de curiosité. L'icône évite d'aller regarder ailleurs. Des textes, placés sur des pupitres au milieu des salles remettent ce qui formait alors de l’inédit dans son contexte.

Je dois dire que l’exposition, dont le commissariat a été assuré par Sam Stourdzé, Ronny Gobyn et Damatrice Amao, produit nettement plus d’effet au Locle que sous le soleil arlésien. Une question de mise en scène. Mais la mise en scène, c’est aussi et surtout une mise en bouche. La chose ouvre, ou n’ouvre pas l’appétit.

Pratique

«Variétés, Revue d’avant-garde», Musée des beaux-arts, 6, rue Anne-Marie Calame,Le Locle, jusqu’au 27 septembre. Tél. 032 933 89 50, site www.mbal.ch Ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 17h. Allez-y! Il s’agit là d’une des institutions suisses à soutenir. Le Locle fait mieux que Genève...

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