Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le marché de l'art mondial s'est contracté de 22 pourcent "seulement" en 2020

Les prévisions étaient glaciales en mars. Les enchères se sont réinventées. Les marchands ont tenu le coup. Il s'est vendu l'an dernier pour 50,1 milliards de dollars.

Une vue de la vente en direct mondiale de Sotheby's, avec un vrai commissaire-priseur.

Crédits: Sotheby's.

Surprise? Finalement, pas vraiment. En 2020, le marché de l’art s’est certes contracté. Mais bien moins qu’on le pensait au début. Vingt-deux pour-cent. C’est ce qui ressort du nouveau rapport proposé par Art/Basel et UBS. Un texte chargeable sur www.artbasel.com Clare McAndrew s’est à nouveau chargée d’enquêter avec toute une équipe. Je vous rappelle que l’Irlandaise avait commencé par donner le même type d’analyse pour la TEFAF de Maastricht. Art/Basel l’a ensuite débauchée, en bien tout honneur. Il y avait finalement là de la logique. Comme le rappelle Clare dans son long texte actuel, le contemporain réalise aujourd’hui le 55 pour-cent des ventes en numéraire, et ce avec quelques noms vedettes seulement.

Début 2020, un vent de panique soufflait sur le marché, tandis que la Planète se calfeutrait par peur du méchant virus. On parlait fin mars d’un tiers des galeries mondiales mettant à court terme la clef sous le paillasson. Il n’en a finalement rien été. Les aides étatiques y ont été pour quelque chose, bien sûr. Mais de nombreux marchands se sont réinventés. Ils ont fait leur propositions en ligne. Le Net est ici comme ailleurs le grand gagnant de 2020. Sa part a doublé en quelques mois dans les transactions pour atteindre 25 pour-cent. Le quart. Et ce n’est pas fini, même s’il faut s’entendre. Il y a virtuel et virtuel. Ce n’est pas la même chose d’acheter en catimini sur un site et d’entrer en conversation (et en marchandage) avec une personne de chair et d’os par le biais de l’ordinateur.

Le "plouf" des foires

Si les galeries ont senti la tempête, perdant vingt, trente ou même cinquante pour-cent de leur chiffre d’affaire et procédant à des licenciements, ce sont bien sûr les foires les vrais «loosers» de 2020. Pas besoin ici d’une Clare McAndrew pour le comprendre! Et 2021 s’annonce à peine meilleur pour elles. Un salon reste par définition axé sur le «présentiel», pour employer un des grands mots de l’année dernière. Les maisons d’enchères, elles, n’ont pas connu de tels problèmes. Elles ont très vite commencé à se dérouler en ligne, selon le principe désormais traditionnel du «online only». Ou alors sous forme de ventes en direct, avec un vrai commissaire-priseur sur l’écran. Sotheby’s a même organisé, non sans prétentions, une unique vente mondiale en temps réel passant d’un bout à l’autre de la Planète.

C’est la Chine, où la pandémie a été jugulée, qui a logiquement le mieux tiré son épingle du jeu en 2020. Moins douze pourcent seulement. La Grande-Bretagne, plombée en plus par l’interminable discussion autour du Brexit, se situe dans l’exacte moyenne mondiale. Moins vingt-deux pourcent. La France a morflé. Moins trente-trois pourcent. Les USA ont pourtant repris la première place sur le marché face à la Chine. Le 42 pourcent du chiffre d’affaires s’est fait l’an dernier chez eux, en bénéficiant d’une Bourse exceptionnelle. Le grand total de l’année se monte du coup à 50,1 milliard de dollars, soit 42 milliards d’euros et environ 45 milliards de nos francs. Un moins donc, mais sans commune mesure avec la chute de 2009 après la crise des «subprimes. Le marché avait alors régressé de 36 pourcent, sans pourtant s’écrouler. Mais celui de l’art ne l’a jamais fait, même en 1929 au moment où Wall Street s’effondrait, le plus bas historique se situant en 1932.

Que signifient ces chiffres?

Tout cela est certes bien beau. Mais beaucoup de gens se demandent toujours comment Clare et ses sbires et sbiresses arrivent aux résultats publiés. Dans un univers (parfois) aussi opaque que le marché de l’art, que signifie vraiment 50,1 milliards de dollars? Qui dit vrai? Qui cache quoi? Et où s’arrête au fait un marché de l’art se confondant toujours davantage avec celui du luxe?

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