Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Mamco montre le Viennois Arnulf Rainer grâce à un important legs reçu en 2019

Décédé en 2015, le galeriste genevois Michel Foëx a constitué un fonds avec 70 oeuvres de l'Autrichien. Il s'agit souvent de gravures ou de dessins où l'Autrichien laboure l'image originelle,

La vaste salle, avec les Rainer.

Crédits: Annik Wetter, Mamco, Genève 2019.

C'est l'une des petites expositions actuelles du Mamco, ce qui ne signifie pas qu'elle apparaisse secondaire. Parallèlement à la rétrospective Martin Barré, dont je vous ai déjà parlé, le musée genevois présente Arnulf Rainer. Un artiste qui peut aujourd'hui sembler au purgatoire, même s'il reste encore bien vivant. Né en 1929, l'Autrichien a connu son heure de gloire dans les années 1970 et 1980. Il a été mis en valeur et collectionné par Erika Billeter, qui était alors directrice du Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne. Il se trouve d'ailleurs du Rainer dans l'actuel accrochage inaugural du MCB-a.

De Rainer, les amateurs voient toujours des œuvres de maturité, alors qu'il était proche (mais proche seulement) des actionnistes viennois. Rien de sanglant ni de crapoteux en effet chez cet homme qui aura passé des décennies à «peindre pour quitter la peinture». Le débutant avait commencé par de dessins surréalistes dans le Vienne de l'immédiat après-guerre. Celui du «Troisième homme», le film de Carol Reed. Puis il avait proposé des «perspectives d'anéantissement», avant de passer aux «dessins exécutés les yeux fermés». C'est en 1963, à 34 ans, que l'artiste s'est lancé dans ses peintures sur photographies. Ces dernières le montrent souvent lui-même dans des expressions aussi outrées que celles des bustes exécutés en plomb par son compatriote Messerschmitt au XVIIIe siècle.

Un lieu historique

Ce sont des gravures et des dessins exécutés depuis cette dernière époque qui forment le contenu de cette présentation, orchestrée par Rainer Michael Mason, ancien directeur à Genève de ce qui s'appelait à l'époque le Cabinet des estampes. Il y en a 70. Le stock provient du galeriste Michel Foëx, disparu en 2015. A 58 ans. J'aimais beaucoup Michel, dont le local se trouvait en Vieille Ville, 1, rue de l'Evêché. Il s'agissait là d'un lieu historique. Il l'avait repris à son décès de Marika Malacorda, sa légendaire collègue qui avait introduit l'art vraiment actuel à Genève (avec le Centre d'art contemporain d'Adelina von Fürstenberg, tout de même!). Sébastien Bertrand a maintenu le flambeau cette galerie en forme d'appartement de rez-de-chaussée pendant deux ou trois ans. J'ignore ce qui a ensuite pu se passer à cet endroit.

Bien accroché avec deux vitrines venant rythmer une grande salle un peu nue, l'ensemble montre des oeuvres parfois de grandes dimensions, où le visage d'Arnulf Rainer transparaît par moments sous le pastel à la cire, le graphite, l'huile ou la pointe sèche. L'artiste à «balayé» et «labouré» l'image originelle, pour reprendre les mots de Rainer Michael Mason. Il y a là à la fois un travail de création et de destruction, ou plutôt de dissimulation.

Retour aux origines

L'ensemble est parvenu au Mamco en 2019 sous forme de Fonds. Coïncidence, cette entrée toute récente a rejoint l'une des plus anciennes acquisitions effectuées pour ce qui s'appelle aujourd'hui le Mamco. En 1976, deux ans après sa création, L'AMAM (ou Association pour un musée d’art moderne) avait acheté une pièce de Rainer intitulée «Schreck». Ou épouvante.

Pratique

«Arnulf Rainer», Mamco, 10, rue des Vieux-Grenadiers, Genève, jusqu'au 2 février 2020. Tél. 022 320 61 22, site www.mamco.ch Ouvert du mardi au vendredi de 12h à 18h, les samedis et dimanches de 11h à 18h.

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