Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Mamco lance sa série de petits livres sur les pièces emblématiques du musée

Gordon Matta Clark, Franz Erhard Walther et "L'appartement" ouvrent la collection. Comportant plusieurs auteurs, chaque publication vise selon moi assez haut.

Dans "L'appartement".

Crédits: Annik Wetter, Mamco, Genève 2020.

La publication avait été annoncée. Elle s’est matérialisée il y a quelques mois. Le Mamco genevois, qui édite beaucoup en dehors de ses expositions, a commencé sa série de petits livres sur des pièces emblématiques de sa collection. Certains artistes ou certaines œuvres marquent davantage une institution que d’autres. Trois ouvrages sont déjà sortis de presse. L’un porte sur une réalisation restant toujours visible, quoiqu’il puisse arriver dans le bâtiment. J’ai nommé l’«Open House» de Gordon Matta Clark. Le second tourne autour d’un plasticien ayant fait l’objet d’un hommage traversant, puisqu’il traversait trois étages du musée d’art moderne et contemporain. Il s’agit de Franz Erhard Walther. Le troisième reste en fait un lieu. Vous avez reconnu «L’appartement».

Commençons par l’œuvre. Mort d’un cancer en 1978 à 35 ans seulement, Gordon Matta Clark s’est toujours caractérisé par ses interventions sur des bâtiments en voie de démolition ou dans les rues, alors pouilleuses d’un New York au bord de la faillite. Il a existé au moins deux versions d’ «Open House» en 1972, plus des reconstitutions postérieures. L’une d’elles est arrivée au Mamco dès son ouverture en septembre 1994. Elle appartenait jusqu’à son achat en 2007 au marchand Daniel Varenne. Cette benne grossièrement réaménagée a fini par devenir iconique. Trois auteurs, Thierry Davila, Sophie Costes et Lydia Yee la replacent dans le parcours de «l’anarchitecte» Gordon Matta Clark. La collection actuelle de livres est certes voulue grand public, mais la barre se voit mise ici assez haut. Présentée sous une couverture verte, l’ouvrage compte144 pages.

Un temple minimal et conceptuel

«L’appartement» est lui aussi entré dans l’ex-bâtiment de la SIP en 1994. Il s’agit d’un espace permanent. Les chambres reconstituent le logement de Ghislain Mollet-Viéville, 26, rue Beaubourg à Paris. Ce lieu de vie, mais aussi d’échanges commerciaux, a été conçu entre 1975 et 1991. Il regroupait tous les noms ayant fait l’histoire canonique des arts minimal et conceptuel des deux côtés de l’Atlantique. Il y avait aussi bien du Donald Judd que du Claude Rutault. Le petit bouquin se devait de comporter un entretien avec le collectionneur, qui a fini par vendre l’ensemble au Mamco en 2016-2017. Il y a aussi là une analyse détaillée de toutes les pièces figurant dans ce logis aujourd’hui figé comme une «period room» de musée anglo-saxon. Présenté sous une couverture bleue, l’ouvrage compte 130 pages.

L'"Open House", tout fermé. Photo Succession Gordon Matta Clark, Mamco, Genève 2020.

Franz Erhard Walther a mis des décennies à devenir une figure historique du minimalisme, alors que l’Allemand s'est montré actif depuis les années 1960. L’histoire de l’art est pleine comme ça d’oubliés ou de négligés. Sa redécouverte internationale demeure récente, l’homme allant aujourd’hui sur ses 81 ans. Il figurait ainsi l’an dernier à la Biennale de Venise. Genève a beaucoup compté dans son parcours tant par le travail d’un galeriste que par l’attention constante que lui aura porté le Mamco. Ce dernier possède de lui quantité de pièces, créées avec des textiles. La première femme de Franz Erhard était couturière. Le livre comporte une analyse de l’œuvre par Erik Verhagen, plus un historique signé par Thierry Davila, le Monsieur Editions du musée. Présenté sous couverture jaune, l’ouvrage compte 192 pages.

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