Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Mamco genevois présente au quatrième la Collection Yoon-ja & Paul Devautour

Le dépôt des oeuvres en 1994 s'est transformé en don l'année dernière. L'occasion de refaire connaissance avec un duo qui a inventé quantité d'artistes de toutes pièces.

L'ensemble sur un mur jaune.

Crédits: Annik Wetter, Mamco, Genève 2020.

J’adore le nom! Il s’appelle Paul Devautour. Cela ne s’invente pas. Elle, c’est Yoon-ja. A eux deux, ils ont formé un couple très actif sur la scène contemporaine. Puis les choses ses sont délitées. Il n’est pas facile de pédaler en tandem pendant toute une vie. Le dépôt de leurs œuvres au Mamco genevois en 1994 est cependant devenu un don en 2019, grâce à l’habileté de son directeur Lionel Bovier. L’homme est parvenu à trouver un accord dans leur désaccord. Les intéressés ne se parlent apparemment plus depuis 2004.

Paul Devautour et Yoon-ja occupent aujourd’hui un petit espace dans le musée pour l’art moderne et contemporain. Mais la place est proche du Seigneur. L’accrochage se trouve au quatrième étage du bâtiment, à côté des bureaux de la direction. On sait que cet espace, très utilisé pour des manifestations temporaires au temps de Christian Bernard, reste aujourd’hui voué à quelques grands fonds permanents. L’ADN du Mamco, en quelque sorte. Mais, après tout le couple d’artistes fait aujourd’hui partie des fonds pérennes. Il semble donc parfaitement à sa place devant un mur jaune soleil. Une faveur sans doute. On sait que Lionel Bovier, contrairement à son prédécesseur, ne porte pas un goût immodéré de la couleur,surtout aussi vive.

Une imagination fertile

Qui sont les ja-Devautour? Deux plasticiens ayant renoncé en 1985 à leur pratique personnelle au profit d’une activité de collectionneurs doublée de celles de commissaire d’expositions et de critiques. Le Mamco parle d’«opérateurs en art». Les duettistes passaient ainsi officiellement dans les coulisses. Mais il y avait tout de même un truc. Un gros. Les nombreux plasticiens qu’ils présentaient avaient beau sembler aussi éloignés les uns les autres que possible. Ils n’en sortaient pas moins de l’imagination fertile du couple. Celui-ci avait tout inventé. Mais, comme le dit quelque part un texte du Mamco, «si les artistes sont fictifs, leurs œuvres apparaissent bien réelles.» C’est Emile Ajar inventé par Romain Gary, mais à la puissance dix. L’accrochage préfère ici citer Borges ou Pessoa. Des références évidemment beaucoup plus chic.

Il y a donc de tout dans une immense salle. Du pop. Du conceptuel. De l’abstrait. Avec des touches d’humour. Je doute tout de même que le pastiche (parce que c’est de cela qu’il s’agit finalement) de Roy Lichtenstein en français ait pu se voir lettré sérieusement. La phrase prononcée par un Superman ou un Spiderman (je ne suis pas arrivé à me décider) est vraiment «trop», comme disaient il y a dix ans les jeunes. «Cet art soulève un véritable problème quant à la possibilité de conserver certaines stratégies de représentation qui puissent échapper à l’érosion radicale de sens par l’ultra capitalisme.» Waouh! (une onomatopée allant bien avec ce type de représentations). Ça, c’est du couillu. A en faire baver les auteurs de certains textes sur l’art contemporain.

Et Mosset, bien sûr!

Voilà. L’exposition pèse évidemment assez peu par rapport à la rétrospective dédiée à Olivier Mosset & Co, qui occupe les trois autres étages du musée. Il va bien falloir que vous en parle une bonne fois mieux qu’en passant.

Pratique

«Collection Yoon-ja & Paul Devautour», Mamco, 10, rue des Vieux-Grenadiers, Genève. Exposition permanente. Tél. 022 320 61 22, site www.mamco.ch Ouvert pour l’instant les jeudis de 12h à 21h, les samedis et dimanches de 11h à 18h. Dès 10h le 21 mai pour les personnes vulnérables.

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