Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les maisons de ventes ont fait moins 58,3 pourcent entre janvier et juin 2020

Le chiffre, bien sûr discutable, vient de sortir. Le marché de l'art aurait quand même généré 2,9 milliards de dollars, auxquels il faudrait ajouter la part des marchands.

C'était au bon temps des ventes "présentielles".

Crédits: Fabrice Coffrini, AFP.

Les gens aiment les chiffres, même si nul ne sait exactement sur quoi ils se basent et si leur utilisateur peut tout leur faire dire (et même le contraire). «Le Journal des arts» vient ainsi de publier, sous la plume de Lorraine Lebrun, les comptes des grandes maisons de ventes pour la période allant du 1er janvier à la fin juin en se basant sur Artnet. Inutile de dire qu’ils ne sont pas bons. En bref, le chiffre global aurait diminué de 58,3 pour-cent par rapport à la même période en 2019. Cela représente tout de même 2,9 milliards de dollars d’encaisses. Un pactole auquel il fait bien sûr ajouter la part des marchands, dont il reste toujours permis de mettre en doutes la sincérité. Je ne connais aucun galeriste disant toute la vérité.

S’il y a eu moins de ventes, c’est aussi parce que l’offre a baissé. Cette diminution est chiffrée à 30 pour-cent. Ceux qui peuvent se permettre d'attendre espèrent en effet des jours meilleurs. C’est en particulier le cas pour le secteur, hyper médiatisé, des «plus de dix millions de dollars», un montant pour une seule oeuvre semblait encore énorme dans les années 1980. Si leur marché a plongé lui de 69,6 pour-cent, c’est en partie à cause des carences. Aucun Picasso fabuleux, ni aucun Van Gogh d’exception n’ont paru les six premiers mois de cette année.

La Chine à fond de cale

Contrairement à l’idée qui viendrait immédiatement à l’esprit, c’est la Chine qui a plongé le plus bas au début 2020. Mais il faut dire que son marché interne demeure fragile, traversé de multiples crises. Toujours est-il que l’ex-Céleste-Empire a fait moins 89,9 pour-cent, ce qui tient du record. En comparaison, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont limité la casse à moins 52 pour-cent.

Deux secteurs ont moins souffert que les autres. Sur le plan thématique, c’est celui des «ultra-contemporains», autrement dit des artistes nés après 1974. Il n’a perdu que 27,9 pour-cent. Sur le terrain proprement économique, c’est ce que l’on considère comme le "bas du marché" (moins de 10 000 dollars) qui a le mieux tiré son épingle du jeu. La chute se limite ici à 27,9 pour-cent.

La percée d'Internet

Qui a alors gagné? Mais Internet, voyons! En 2019, sur six mois, Christie's, Sotheby’s et Phillips (manque Bonhams) avaient réalisé un capital de 32,4 millions de dollars. Durant le confinement et immédiatement après, cette somme a bondi à 186,4 millions (je compte toujours en dollars). Cela fait une augmentation de 474,9 pourcent. Il s’agit probablement de la situer avant tout parmi les œuvres à moins de 10 000 dollars. Avec des acheteurs jeunes et surtout agiles. Utiliser le site de certaines maisons n’est pas de la tarte. Trop compliqué. Il leur faudra faire des progrès!

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