Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le maire de Venise Luigi Brugnano veut fermer les musées de la ville jusqu'au 1er avril

L'Italie espère ailleurs les rouvrir le 15 janvier. Mais l'élu vénitien est un habitué des provocations. C'est lui qui avait voulu vendre des tableaux de la Ca' Pesaro en 2015.

L'Accademia de la Venise, qui relève non pas de la Ville mais de l'Etat. Fermée aussi.

Crédits: DR.

La nouvelle a paru, mais comme toujours hors de toute contextualisation. C’est à croire que les journalistes actuels ne disposent pas d’Internet. Ou alors qu’ils ne savent pas lire. Or donc, le maire de Venise Luigi Brugnaro veut laisser les musées de la ville, qu’il considère depuis son élection en 2015 comme la sienne, fermés au moins jusqu’au 1er avril. Le tout pour des raisons sanitaires bien sûr, même s’il n’y a en ce moment plus un seul touriste dans une Sérénissime par ailleurs dépeuplée. Le monde de la culture italien s’est insurgé. Pourquoi le 1er avril, alors qu’il y a un espoir de réouverture dans le reste du pays le 15 janvier (je dis bien «un espoir»)? Des centaines de signatures illustres ont ainsi paraphé une protestation visant autant à restituer une visibilité aux œuvres qu’à maintenir la vie économique d’une cité dépendante de ses visiteurs. Et ceci même si elle estimait jusqu’ici que ces derniers étaient bien trop nombreux.

Luigi Brugnaro. Le basket avant la culture. Photo DR.

Il y a peu de chances que cette demande soit entendue par Luigi Brugnaro. La culture à Venise, l’homme s’en fout royalement. Né en 1962, ce fils de syndicaliste a passé à la droite la plus dure. Il faut dire qu’après des études d’architecte, il a fondé en 1997 une entreprise de travail temporaire, Umana. Elle réaliste 450 millions d’euros de chiffres d’affaires. D’où une carrière du genre Silvio Berlusconi, à qui il se voit régulièrement comparer. Achat d’un club de sports. Rodomontades diverses. Et un lancement dans la politique qui lui a permis de remporter une mairie déconsidérée. Son prédécesseur a goûté en 2014 de la prison. Brugnaro est un homme de la «terre ferme», méprisée depuis des siècles par les Vénitiens. Il n’aime donc pas la ville elle-même, où il ne réside du reste pas. Depuis six ans, il multiplie les provocations. La plus médiatisée a été en 2015 son désir de vendre deux œuvres phares de la Ca’ Pesaro, un Klimt et un Chagall, afin de combler les dette des Venise (60 millions). Ces tableaux étaient selon lui étrangers, et un brin dégénérés. Le ministre de la culture Dario Franceschini avait heureusement très vite tapé du poing sur la table.

Pour les "grands bateaux"

Brugnaro se situe du côté de l’argent. S’il veut limiter le nombre des touristes à Venise, il reste ainsi pour le maintien des «grands bateaux», transportant 5000 passagers, qui passent audacieusement à travers le canal de la Giudecca. Avec eux, c’est du fric qui rentre. On sait pourtant qu’une votation sauvage (et donc sans valeur juridique) organisée dans la ville avait donné il y a quelques années un rejet des «grandi navi» à 97 pour-cent. Une autre forme de réalisme. Venise vit aujourd’hui de ce qui la détruit. Il y a tout de même des habitants pour s’en rendre compte! Reste qu'ils votent Brugnaro...

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."