Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le maire de la Ville Patrick de Carolis veut récupérer la "Vénus d'Arles" du Louvre

Une demande de restitution de plus! Mais interne cette fois. Et poliment formulée. La statue romaine avait été donnée au XVIIe siècle à Louis XIV un peu sous la contrainte.

La "Vénus d'Arles" au Louvre.

Crédits: RMN.

Les problèmes de restitution dépassent maintenant le cadre des frontières extérieures. En temps normal, un pays s’estime avoir été dépossédé, en particulier lors d’une occupation étrangère ou coloniale (les deux choses n’étant pas incompatibles). Un retour à la terre natale s’impose donc. Je ne vous citerai pas d’exemples ici. Il y a des décennies que certaines demandes se voient régulièrement formulées. Le truc marchera peut-être à la fin. Il y a bien des enfants têtus qui obtiennent tout de leurs parents à force d’insistance.

Aujourd’hui, nous sommes devant un cas nouveau. Arles demande à ce que sa Vénus lui soit restituée. Elle se trouve depuis 1798 au Louvre, après avoir occupé une place d’honneur dans la Galerie des Glaces de Versailles. Découverte en 1651 dans les ruines du Théâtre Antique (là-même où il y a aujourd’hui des concerts de rock l’été), la statue avait été imprudemment montrée à Louis XIV, venu en visite. Le roi l’avait trouvée à son goût. Difficile pour les consuls (magistrats de la cité) de ne pas l’offrir à Sa Majesté. Celle-ci avait confié l’oeuvre mutilée à son sculpteur François Girardon, qui avait fait des merveilles. Sans doute inspirée de l’Aphrodite de Thespies de Praxitèle (disparue), la Vénus a ainsi reçu ses bras manquants, avec une pomme dans la main. Le fruit donné par le berger Pâris «à la plus belle» dans la mythologie grecque. Les raccords sont parfaits entre l'ancien et le nouveau. Il s’agit presque là d’une œuvre en collaboration, même si le statuaire du XVIIe siècle se voit fort peu cité pou son travail.

Pour le Musée de l'Arles antique

C’est aujourd’hui le nouveau maire Patrick de Carolis qui demande à ce que la Vénus rentre au pays «qui l’a vu naître». Il s’agit là d’une image, voire d’une liberté poétique. Le marbre n’a sans doute pas été taillé à Arles même. Ce serait, écrit-il à la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, «un geste culturel et amical». L’élu de 67 ans, qui fait partie depuis des âges des notables français (chapeautant France-Télévisions, dirigeant le Musée Marmottan ou servant d’interlocuteur pour un livre à Bernadette Chirac), ne demande pas un don du Louvre. Il se contenterait d’un dépôt permanent. Celui-ci marquerait à sa manière les 40 ans de l’inscription du site d’Arles au Patrimoine mondial de l’Unesco. La statue compléterait admirablement le parcours du Musée de l’Arles antique, déjà agrandi et qui risque un jour de recevoir une nouvelle aile, tant les découvertes archéologiques sont importantes dans le Rhône et le quartier de Trinquetaille.

Patrick de Carolis devant l'Hôtel de Ville d'Arles où se trouvait la Vénus dans les années 1660. Photo Gérard Julien, AFP.

L’Arlésien Patrick de Carolis y va avec prudence. Il s’agit de ménager les susceptibilités. Et celle de Jean-Luc Martinez, ancien conservateur des antiquités grecques et romaines avant de devenir directeur du Louvre, se révèle à ce qu’il paraît grande. «Je sais ce qu’est l’attachement d’un directeur de musée à une œuvre.» Il y a déjà des oppositions, comme celle de Didier Rykner dans «La Tribune de l’Art». Un argument pourrait néanmoins se voir utilisé. Au Louvre, la «Vénus d’Arles» n’est de loin plus une vedette. Elle a été détrônée dès les années 1820 par la «Vénus de Milo», qui venait alors de se voir découverte. A Arles, elle occuperait en revanche au musée la place d’honneur au milieu de bronze magnifiques et non loin d’une stupéfiante série de sarcophages romains du IVe siècle de notre ère. L’affaire est donc à suivre. En cas d’aboutissement, il pourrait s’agir d’un précédent.

Cela dit, le Louvre prête sa «Vénus d’Arles». La preuve! Début 2019, elle servait de fleuron à Genève pour l’exposition «César et le Rhône», dont je vous avais alors parlé.

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