Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le MAH genevois raconte le néo-classicisme dans le "Salon de Cartigny"

Désastre! Si les boiseries ont bien été restaurées en 2019, les vitrines cachent leur vue au public. De plus, les objets choisis ne brillent pas dans l'ensemble par leur qualité.

Cherchez le décor de 1805!

Crédits: MAH, Genève 2019.

La chose m’avait jusqu’ici miséricordieusement échappé. Je n’avais pas remarqué que, dans le cadre de sa «Saison antique», le Musée d’art et d’histoire de Genève (MAH) avait remis le Salon de Cartigny «à l’heure néo-classique». Une heure sombre, hélas. Je ne dis pas cela parce que la cité se retrouvait alors sous la botte française. Je pense au traitement subi par ce chef-d’œuvre de la boiserie locale au début du XIXe siècle. Le sculpteur Jean Jaquet(1754-1839) avait remodelé en 1805 avec un solide budget l’intérieur du château genevois pour le joaillier Jacob Duval. Un bijou.

Bien sûr, l’institution a restauré les éléments de cet ensemble, acquis au début du XXe siècle pour le MAH. Il ne peut pas y avoir que du mauvais. Mais il existe aussi ce qu’en a fait l’équipe en charge des arts appliqués, que coiffe Bénédicte de Donker! Sous la direction de Gaël Bonzon, une soixantaine d’objets ont été sortis des réserves. Le grand n’importe quoi. Il s’agit de montrer, à l’heure où une hiérarchie des valeurs apparaît réactionnaire, que tout se situe au même niveau. Une luxueuse athénienne (petite table inspirée par le mobilier romain) peut ainsi rejoindre deux chaises paillées. Une vilaine bourse vient, dans une vitrine hélas non moins laide, se placer à côté d’un superbe portrait sur émail d’Elisabeth Terroux (1). On voit le haut d’une robe, le bas étant caché par une partie du décor. Un modeste huilier lausannois en argent et verre se retrouve non loin du portrait d’Anna Eynard-Lullin, la femme la plus riche de la ville, peint par Firmin Massot.

Une réussite en 2010

Le pire est qu’avec les montants et les cloisons, aucun visiteur ne peut plus détailler les boiseries de Jean Jaquet. Un véritable autogoal. D’autant plus que le public pris au piège n’en sait pas plus à la sortie qu’à l’entrée. Il n'a rien appris. Cet étalage misérable n’avait pourtant rien d’inévitable. En 2010, pour marquer le centenaire de l’inauguration du bâtiment de la rue Charles-Galland, le MAH avait proposé, en harmonie avec les lieux, des meubles et des textiles contemporains du Genevois Philippe Cramer. Une réussite. De plus, si l’exercice dont je parle constitue l’exemple même qu’il ne faut pas faire, le nouvel accrochage des salles de peintures au premier étage (dont je viens de vous parler) allie goût et connaissance. La médiocrité ne constitue donc pas une fatalité.

(1) Tiens! A l’heure du féminisme, pourquoi ne pas se pencher sur Elisabeth Terroux(1759-1822)?

Pratique

Musée d’art et d’histoire, 2, rue Charles-Galland, Genève, durée indéterminée.Tél. 022 418 26 00, site www.mahgeneve.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

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