Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le MAH genevois propose "Hodler, Influences et postérité" L'année se termine!

Cette fois-ci, nous arrivons au bout. L'"Année Hodler" célébrant les cent ans de la mort du peintre suisse touche à sa fin. Le Musée d'art et d'histoire ajoute trois codiciles à cet hommage que notre ville a un peu raté.

"La bataille de Morat" (1917). L'artiste n'a exécuté que ce grand carton avant de mourir en 1918. Le tableau final n'existe pas.

Crédits: Musée d'art et d'histoire, Genève 2018.

Cette fois-ci, c'est la fin. Du moins en Suisse. L'an prochain, Ornans nous proposera en effet dans le Doubs un «Courbet-Hodler». Et la fondation créée pour le peintre suisse par Jura Brüschweiler va tout faire, sous la direction de Niklaus Manuel Güdel, pour que les choses continuent sur le plan international. Je crois vous avoir parlé de ce qui a marqué cette année de Genève à Winterthour, en passant par Berne. Il manquait juste un petit quelque chose. Je viens de le voir au Musée d'art et d'histoire de Genève, qui nous raconte en trois épisodes «Hodler, Influences et postérité».

De quoi s'agit-il? D'abord de faire le point sur les restaurations que cette «année Hodler» aura nécessitées. Le MAH détient 143 toiles et 241 carnets de dessins. Certaines toiles, fragiles mais encrassées, avaient besoin d'un nettoyage, voire plus. C'était notamment le cas pour «Le garçon enchanté», dont le musée possède la petite version, où l'on reconnaît Hector Hodler enfant. Les visiteurs peuvent voir à l’œuvre le scientifique Victor Lopes dans un film de Pierre-Alain Frey. Ils ont sur le mur d'en face le tableau remis en état, son dessin préparatoire, la photo d'Hector posant par Boissonnas et la reproduction d'époque du modèle géant du «Garçon enchanté» de 1893-1894. Il y a d'autre œuvres aux murs, dont le portrait de profil (Hodler aimait bien les profils) de Francine Maylac. C'est une bonne petite exposition-dossier avec les compléments digitaux voulus. Une table tactile et des QR codes. J'ai du coup réalisé ce qu'était un QR code. Vous voyez le retard que j'ai accumulé avec les années...

Sélection de carnets

Toujours au premier étage, un peu plus loin, une petite salle abrite une sélection de carnets. Ils sont dans des vitrines, fatalement ouverts chacun sur une seule double page. On se souvient que ces cahiers, qui ressemblent beaucoup à ceux encore utilisés dans les années 1950 pour le laitier et le boucher, ont été découverts en 1957 par Brüschweiler chez Berthe, la veuve du peintre. Elle ne les tenait pas en affection. Une grande partie d'entre eux a pu se voir acquise par le MAH en 1958. Le reste est venu en 1976. Il y a là une mine de renseignements, l'artiste notant brièvement son idée plastique. Certains feuillets montrent des événements précis. L'un d'eux restitue par exemple l'exécution au garrot à laquelle Hodler avait assisté jeune en Espagne. Un autre montre, en marge des toiles et des grands dessins aquarellés, l'agonie de Valentine. Il y a de jolies feuilles. D'autres très sommaires. J'ai noté que le plus beau dessin, tracé le 6 novembre 1902, représentait Hodler enlaçant une femme. Je ne sais pas laquelle. C'était un coquin. Il se trouve derrière elle, mais il a sa main tout devant (1). Il s'agit d'un croquis exécuté par son ami et collègue Cuno Amiet.

La Salle des Armures, au rez-de-chaussée se voit logiquement consacrée à «Hodler et les guerriers suisses». Il en a peint beaucoup, après avoir observé des piques ou des hallebardes conservées à Genève, comme le prouve une décharge pour un prêt signée de sa main. D'abord pour l'Exposition nationale de 1896. Puis à l'intention du Musée National à Zurich, avec les problèmes que sa vision a suscités. Il y a, dans cette salle, où les animations les plus racoleuses sur l'Escalade cohabitent avec des vitrines d'un autre âge, quelques beaux tableaux bien connus. Je citerai le grand carton de «La bataille de Morat» de 1917, répondant à une commande que la mort de l'artiste, l'année suivante, laissera inaboutie. Il y a aussi la réplique de celle de Marignan, rachetée par le MAH au collectionneur Willy Russ (monsieur chocolat Suchard) en 1939.

Le bilan, maintenant

Cette triple présentation fait partie des événements mineurs de cette «année». Puisque nous arrivons au bout, je ferai un petit bilan pour «Bilan». La présentation des œuvres de Barthélémy Menn, le maître de Hodler, au Cabinet des arts graphiques frôlait la catastrophe. On peut le dire maintenant. La version de «Hodler, Parallélismes», cet été au Musée Rath, présentait des choses souvent magnifiques de manière inepte. Heureusement que le Kunstmuseum de Berne a ensuite redressé la barre pour nous en offrir une seconde mouture satisfaisante, encore visible d'ici le 13 janvier. L'actuelle présentation à la Fondation Bodmer de Cologny de pièces de la Fondation Brüschweiler, prévue jusqu'au 28 avril, se révèle plus qu'intéressante. «L'esprit de Hodler dans la peinture genevoise», prévu jusqu'au 24 février à la Maison Tavel, souffre de manques de moyens et d'espaces. C'est regrettable, car il s'agit là d'un vrai sujet. Il aurait par conséquent mérité une large développement.

Et ailleurs? Il me manque la rétrospective de Vienne. Il s'agit là d'un de mes grands regrets de l'année. Je garde en revanche le meilleur souvenir du «Hodler-Giacommeti» du Kunst Museum (en deux mots) de Winterthour. Le rapport entre les deux géants me semblait au départ ténu. Eh bien, le résultat convainquait! Il est vrai qu'il se révèle toujours plus facile de mettre le public dans sa poche si on sait monter et mettre en scène une exposition!

(1) Je précise à l'intention des lectrices féministes que la dame a l'air plus que consentante. Elle a plutôt l'air d'en redemander.

Pratique

«Hodler, Influences et postérité». Musée d'art et d'histoire, 2, rue Charles-Galland, Genève, jusqu'au 3 mars. Tél. 022 418 26 00, site www.instituutions.ville-geneve/mah Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. Entrée gratuite.


Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."