Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le MAH genevois conserve curieusement quelques très importants tableaux anglais

Une vie au bord du Léman. Un achat curieux en 1908. Un legs fabuleux en 1984, mal accueilli alors par l'institution. Allez voir ce qu'en montre l'accrochage actuel!

Mrs Amalia Angerstein et son fils, par Sir Thomas Lawrence. peint en deux fois!

Crédits: MAH, Genève 2020.

La peinture anglaise des XVIIIe et XIXe siècles constitue curieusement une des richesses du Musée d’art et d’histoire genevois (MAH). A l’époque romantique, Francis Danby a passé les années 1830 au bord du Léman. Une de ses œuvres était alors entrée dans les collections locales. Cette grande scène religieuse s’inscrit parfaitement dans le propos du livre de Jan Blanc, même si elle se révèle plus tardive.

En 1908 le MAH, qui n’était pas encore dans son nouveau bâtiment, s’est offert, on ne sait trop pourquoi, l’un de plus beaux portraits féminins de William Hogarth. Ce dernier est resté bien solitaire jusqu’en1984. Cette année-là, le legs Lord Michelham of Hellingly, jusque-là accroché déposé dans un Ariana (presque) désert, lui donnait des compagnons. Il n’y avait pas beaucoup d’œuvres, mais monumentales et de la plus belle qualité. Notons que cette largesse a été froidement accueillie à l’époque par l’institution. Si quelques meubles français allant avec se sont retrouvés dans la première version du livre florilège sur le MAH, aucun tableau n’y est entré. Idem pour la seconde mouture, alors que les beaux-arts étaient dirigés par Paul Lang.

Hoppner, Lawrence, Romney...

Quelles sont donc ces œuvres? Un immense John Hoppner représentant une aristocrate déguisé en Hébé, déesse de la jeunesse. Un autre Hoppner montrant sous le jour le plus flatteur une Louisa Manners quinquagénaire. L’œuvre en question avait été vendue une fortune dans les années 1920 par Duveen, le marchand londonien qui avait fait atteindre aux Reynolds et aux Gainsborough l’équivalent des prix de nos actuels Picasso (1). La série comprend un beau portrait d’homme de Henry Raeburn, et un autre, tout aussi bien mais féminin, de George Romney. Le chef-d’œuvre de la série reste cependant l’effigie en robe blanche de Mrs Amelia Angerstein et de son fils John Julius par Sir Thomas Lawrence. Un tour de force. L’artiste a d’abord peint la mère. Il a ajouté le fils, visiblement peu intéressé par les séances de pose, quelques années plus tard. Logique, le raccord reste invisible.

Le portrait de Louisa Manners reproduit dans les années 1920 par une marque de cigarettes. La chose dit bien la notoriété de l'oeuvre à l'époque. Photo DR.

Laissées en place par le nouvel accrochage signé par Lada Umstätter, les œuvres sont aujourd’hui bien visibles, non loin de celles du Genevois Jacques-Laurent Agasse qui a passé presque toute sa vie à Londres. Quant à Mrs Angerstein, elle est rentrée en grâce. Elle figure sur la nouvelle affiche de l’institution en compagnie de quatre autres dames. Et ce n’est pas la cinquième roue du char!

(1) Il l’avait payé 14 050 livres en 1901. Le plus haut prix alors atteint par un tableau en Grande-Bretagne. Une famille modeste vivait à l’époque avec 40 livres par an...

Pratique

Musée d’art etd’histoire, 2, rue Charles-Galland, Genève. Tél. 022 418 26 00,site www.http://institutions.ville-geneve.ch/fr/mah/Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

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