Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le MAH enterre le projet collectif "Genève 1900" après l'avoir déjà reporté à 2021

La nouvelle se sait comme toujours au Musée d'art et d'histoire par la bande. Du programme de 2020 ne sera presque rien resté, sans que la pandémie y soit pour rien.

L'affiche qui servait à lancer l'exposition dans le programme annuel.

Crédits: DR.

C’était l’exposition locale la plus ambitieuse de 2020. Du 13 novembre au 7 mars 2021 devait se tenir au Musée Rath «Genève 1900». Une entreprise réunissant différentes institutions municipales en plus des départements du Musée d’art et d’histoire. On sait que l’exposition, annoncée par l’ancien directeur Jean-Yves Marin, a été ajournée sans que la pandémie y soit pour rien. Il n’y avait pas le plus petit virus en Europe quand son successeur Marc-Olivier Wahler l’a repoussée à l’automne 2021. C’était le fait du prince, comme la mise à la trappe de «L’objet multiple» dans les salles palatines du MAH ou l’hommage au photographe Christian Lutz. L’idée de raconter la ville avec ses côtés brillants, mais aussi ses problèmes sociaux entre l’Exposition nationale de 1896 et l’arrivée de la Société des Nations en 1919 ne l’intéressait apparemment pas.

Le projet se voit aujourd’hui non plus reporté, mais annulé. La chose se déduit d’un courriel envoyé par Bénédicte de Donker, qui devait en être la curatrice principale. Longtemps responsable des arts décoratifs, mutée depuis peu aux arts graphiques, la conservatrice en chef remercie les gens lui ayant fourni des renseignements et leur annonce «l’abandon» du projet. J’ignore combien de gens ont reçu ce message. La communication ne constitue pas toujours le fort du MAH. Lors du précédent report, la direction d’une institution appelée à collaborer n’avait ainsi tout simplement pas été prévenue. Je précise que l’entreprise (elle aurait bien convenu à Alexandre Fiette, qui avait déjà donné au MAH un remarquable «Décor, design & Industrie» en 2010) n’était pas pilotée par la seule Bénédicte de Donker, dont c’eut été le premier grand commissariat depuis son lointain engagement. Elle aurait aussi occupé Lada Umstätter, Gaël Bonzon et Ingrid Comina. Un «all female cast».

On peut se poser des questions sur la suite, des commissaires extérieurs devant pour plaire à Mac-Olivier Wahler faire joujou à grands frais avec les collections dès 2021. Le MAH ne devrait plus programmer en 2020 que «L’estampe est à la mode». Ce sera la dernière exposition du Cabinet des arts graphiques avant son démantèlement en tant qu’entité séparée. En fait de manifestations temporaires, le musée n’aura donc quasi rien produit cette année, sans que le Coronavirus ait joué un rôle. Rayonnement nul. Créativité inexistante, faute d'impulsions venues d'en haut. Ou d'idées nées un peu plus bas et entérinées par la suite. Aarau y arrive. Vevey y arrive. Thoune y arrive. Soleure y arrive. Sion y arrive. Pas Genève, du moins au MAH. Vu une telle démission morale, je finis par me demander si d’autres démissions, physiques cette fois, ne s’imposeraient pas.


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