Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le MAD parisien donne un nouveau cadre à son département du costume

Le Musée des arts décoratifs en arrive ici à sa troisième mouture. Celle-ci a été payée par un couple d'Américains. Nous sommes aujourd'hui dans le minimalisme de luxe.

Tout nouveau tout beau? C’est ce que doit se dire le MAD à Paris. Il a profité du succès prodigieux des 700 000 visiteurs de son exposition Dior (largement subventionnée par la maison de couture) pour refaire à neuf le décor de son département du costume. Il s’agit en fait d’une réfection de réfection. Des travaux dont l’utilité n’apparaît pas évidente. Mais je commence par le début.

Les collections de tissus du Musée des arts décoratifs, devenu le MAD il y a quelques années pour avoir l’ait jeune et moderne, remontent au XIXe siècle. A la fois privée et publique, l’institution a ainsi beaucoup engrangé. Les entrées ont avant tout consisté en donations. Les vieux vêtements ne valaient rien à l’époque. Pour leur malheur du reste! D’innombrables robes à panier du XVIIIe siècle ont, vu leur métrage, fini dépiautées avant la guerre de1914 pour garnir des sièges du Siècle des Lumières. L’Ancien Régime ne connaissait pas l’actuelle différence entre le tissu d’ameublement et celui pour les habits.

Changement de lieu

C’est seulement dans les années 1970-1980 que ces collections, sans cesse enrichies, ont vraiment commencé à intéresser. Les Arts décoratifs ont du coup aménagé sur cinq ou six niveaux le Pavillon de Marsan du Louvre. Je me souviens d’y avoir vu de belles expositions, dont une consacrée à YSL (Saint Laurent, bien sûr!). Puis un jour, allez savoir pourquoi et à quel prix, le lieu a été complètement restructuré afin d’accueillir les arts décoratifs de la seconde moitié du XXe siècle. Le vêtement est parti se rhabiller de l’autre côté de l’aile Rohan du Louvre. Sur deux niveaux. Un joli ratage. Des espaces sombres, bas de plafond où personne n’est jamais arrivé à lire la moindre étiquette dans le noir. Mais il y avait de la place!

Ces locaux viennent de se voir à leur tour cassés à grands frais. Ceci dit, c’est un couple américain qui a réglé la facture. Stephen et Christina Schwarzman l’ont sentie passer. Le couple a déboursé 2,5 millions d’euros pour le projet minimaliste du Studio Adrien Gardère, à qui on devait déjà une réalisation comme la Galerie du Temps au Louvre de Lens (1). Les architectes ont démoli l’aménagement des années 1990. Ils ont laissé les pierres anciennes apparentes. C’est du brut de coffrage. Pour tout dire, ces gens ont ici repris l’idée développée par Jean Nouvel pour l’étage du MAD consacrée au graphisme et à la publicité. L'opération avait permis au maître de révéler les structures du XIXe siècle sans rien y ajouter. Une opération strip-tease, en quelque sorte.

Une discrétion voyante

On aime ou on n’aime pas. Il est permis de penser que cette discrétion se révèle finalement très voyante. Cela commence en plus à faire daté. Certains font du neuf avec du vieux. Ici, le Studio Adrien Gardère me semble avoir plutôt fait du vieux avec du neuf. C’est là une opinion personnelle, évidemment. Mais pour tout vous dire, c’est celle que je vais sans doute garder.

(1) Si je me montre critique pour le MAD, l'aménagement de la Galerie du Temps à Lens, dans un bâtiment signé Sanaa, constitue selon moi une réussite.

P.S. La presse d'art ayant dû retirer ses images sur le Net pour des problèmes de droits, cet article vous est exceptionnellement livré sans illustration.

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