Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Luxembourg propose à Paris "Le Nabis et le décor"

Bonnard et Vuillard, mais aussi Ker-Xavier Roussel ou Paul Sérusier. Le musée reconstitue des ensembles qui paraissaient novateurs vers 1890. Le lieu semble trop petit pour le propos.

L'une des toiles d'Edouard Vuillard, où les personnages se confondent avec les murs.

Crédits: RMN

Bonnard, Vuillard, Maurice Denis et leurs petits copains sont au programme. On sent ici la main de Guy Cogeval. Aujourd'hui directeur d'un Centre d'études des Nabis et du symbolisme à Paris, aux activités à vrai dire encore fumeuses, l'ancienne tête d'Orsay aura passé des années à accroître les collections du musée dans ce sens. Il y a eu les achats. Le legs en 2016 de la collection Jean-Pierre Marcie-Rivière, riche de 141 œuvres. L'obtention enfin, à terme, de la collection des époux Hays de Memphis Tennessee. C'était à croire que la production intégrale de ce cénacle de la fin du XIXe siècle devait finir en front se Seine. Quelques dépôts dans les institutions de régions n'auraient pourtant fait de mal à personne et beaucoup de bien à ces dernières.

Guy Cogeval se trouve effectivement, en compagnie d'Isabelle Cahn, derrière l'actuelle exposition du Luxembourg consacrée aux «Nabis et le décor». Assez vite, ces artistes novateurs qu'étaient Bonnard et Vuillard, plus des gens comme Paul-Elie Ranson, Ker-Xavier Roussel ou Paul Sérusier, ont cessé de penser à la seule peinture de chevalet. Certains de leurs riches amis leur ont proposé de créer des pièces murales. Les thèmes n’auraient plus rien d'héroïque ou d'exotique. Il s'agirait de représenter le quotidien. Ce seront du coup les jardins publics. Les intérieurs eux-mêmes, dans ce qui devient du coup un jeu de miroirs. Le travail des femmes en plein air. Le monde de la forêt. Notez que Maurice Denis, chez qui tout apparaît religiosité, va tout de même proposer «La légende de Saint-Hubert» à Denys Cochin pour son hôtel particulier. Le commanditaire voulait un reflet de son goût pour les chasses à courre. Taïaut! Taïaut!

Broderies et vitraux

Les Nabis ne vont bien sûr pas se limiter aux murs. Il y aura en prime des paravents. Des essais de vitraux. De la céramique. Des broderies. Du vrai papier peint. L'idée sera, comme quelques années plus tard avec l'Art Nouveau, de créer un art accessible à tous. Dans les deux cas, on sait que les créations demeureront expérimentales. Le grand public n'était pas prêt à accepter ces innovations, qui vont de plus rapidement sembler datées. Du reste, la plupart des décors se sont vus tôt démembrés. L'actuelle exposition vise à reconstituer dans la mesure du possible des ensembles éparpillés dans plusieurs musées et chez des privés. Un décor de Bonnard se retrouve ainsi en provenance d'Orsay, bien sûr, mais aussi de Richmond et du Japon. Rares sont les suites, comme celle de Saint-Hubert prêtée par un Musée Maurice-Denis de Saint-Germain-en-Laye aujourd'hui fermé pour travaux, à avoir gardé leur belle unité.

Fragment d'un décor de Ker-Xavier Roussel, le beau-frère de Vuillard. Photo RNM

L'exposition se révèle bien sûr intéressante, comme ce que produit en général le Luxembourg. Elle n'en pose pas moins un problème. Il s'agit d'un tout petit bâtiment. Les décors prennent par définition de la place. Autant dire qu'il y en a finalement peu et que tout semble être entré au chausse-pied. C'est l'exposition qui aurait convenu au Grand Palais, où il ne se passe pas grand chose de positif en ce moment avec «Rouge» et «La Lune» (1). Il semble vrai aussi que le style de Bonnard, et surtout de Vuillard, offre toujours quelque chose de confiné. Les êtres humains se perdent sur les fonds colorés de tapisseries murales, montrées en abîme. Dans ce cas, ce serait une réussite, mais dans le genre étouffant. Qui aurait alors envie de vivre dans une atmosphère Nabi?

(1) Je vous raconterai.

Pratique

«Les Nabis et le décor», Musée du Luxembourg, 19, rue de Vaugirard , Paris, jusqu'au 30 juin. Tél. 0033140 13 62 00, site www.museeduluxembourg.fr Ouvert tous les jours de 10h30 à 19h, le lundi jusqu'à 22h.



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