Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Louvre rouvre à moité le 6 juillet sous des conditions drastiques. Suivez le guide!

Réservation obligatoire. Masques obligatoires. Gel obligatoire. Sens obligatoire. Interdiction de revenir en arrière. Et des départements entiers resteront fermés.

Photo historique. Cela dit, l'Egypte antique reste comprise dans le parcours.

Crédits: Reuters

Le Louvre va rouvrir le 6 juillet, après les autres musées de France. Il joue ainsi les grandes vedettes ne faisant leur entrée que devant un public chauffé à blanc. J’ai lu sur le site de «Connaissance des arts» les conditions d’admission. Elles se révèlent pour la moins drastiques, avec ce que la chose suppose de déceptions à l’arrivée. Jugez plutôt!

Tout d’abord, il faudra avoir réservé un billet horodaté. Autrement dit avec un créneau horaire. L’institution suggère de le faire en ligne, mais ce n’est pas obligatoire. Des guichets proposeront les mêmes tickets. Il en existera même pour une entrée immédiate quand il y aura peu de monde. Le jour dit, le public devra sagement s’aligner, comme les écoliers de naguère, en plusieurs files selon le moment fixé. Tout le monde, y compris les enfants dès 11 ans, portera un masque. Il y aura le lavage obligatoire des mains au gel hydroalcoolique. Les gens pourront ensuite entrer en suivant bien les tracés. S’ils oseront malgré tout s’arrêter devant les œuvres, il leur sera en revanche interdit de revenir en arrière. On attend des visiteurs un flux continu.

L'art français défavorisé

Les nombre de salles visitables se verra sérieusement diminué. Il y avait déjà eu, ces dernières années, de nombreux endroits fermés dans la perspective d’illusoires aménagements. Il faudra y ajouter la sculpture française du Moyen Age au XIXe siècle, les arts de l’Afrique, de l’Océanie et des Amériques, le niveau inférieur des arts de l’Islam (et donc les Antiquités romaines orientale connexes) et surtout l’étage entier de la peinture française. Vous aurez noté que ce sont surtout les arts nationaux qui trinquent. Espérons que ce ne soit pas au gel hydroalcoolique. C’est mauvais pour la santé. Le directeur Jean-Luc Martinez aura cette fois réalisé son rêve secret d’un musée devenu presque presque inaccessible à ses visiteurs.

Evidemment, le cher homme a peur d’une invasion. A mon avis, il se trompe. Les Américains ne viendront plus pendant des années. Ils croient non seulement que la France est infectée par le virus, mais qu’elle est entrée en guerre civile. Because les manifestations un peu partout. Pour les Chinois et les Japonais, c’est désormais tintin. Les Italiens et les Espagnols ne se précipiteront sans doute pas. Idem pour les personnes âgées, qui forment le public de base du Louvre. Elles ont été terrorisées par le fait de se savoir à risques. Restent éventuellement les provinciaux, à qui on a dit de voyager français cette année tant pour leur santé que par solidarité économique nationale.

Réservation faible

J’ai été faire un petit tour sur le site, ouvert le lundi 15 juin. Histoire de voir. Eh bien, tous les créneaux demeurent libres. Très peu de demandes pour l’instant. J’ai noté que pour une fois la gratuité était prévue, alors qu’elle passe généralement à l’as afin de remplir les caisses. Le système paraît simple, après les effroyables cafouillages des expositions Vermeer et Léonard. Notez que je n’ai pas pressé sur le bouton final. Je ne garantis donc rien. Mais par rapport à certains lieux d’exposition italiens, pour lesquels seuls les nationaux peuvent réserver (on y demande entre autre le numéro de contribuable!), c’est limpide. Cela dit, l’Italie reste elle-même. Les billets en question peuvent apparemment s’acquérir aussi dans les offices du tourisme...

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