Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Louvre refuse d'acheter un morceau de tombeau royal français égaré à Drouot

Un amateur avait repéré à la dernière minute la chose, estimée entre 100 et 150 euros. Il a fini par la payer 47 500 euros pour le Louvre, qui possède l'autre fragment du tombeau de Louis X le Hutin, mort en 1316. Et bien c'est non!

Le fragment en question. Le Louvre possède la partie gauche.

Crédits: Paris Enchères

C'est une histoire édifiante que nous racontait le 3 janvier Didier Rykner dans son journal en ligne «La Tribune de l'art». Tout a commencé le 12 octobre. Ce jour-là l'étude Collin du Bocage (son nom possède le don de me mettre en joie) proposait «un élément d'architecture à décor gothique d'une voûte». L'estimation restait comprise entre 100 et 150 euros. Et encore s'agissait-il là d'un lot! Il y avait pour le même prix «deux têtes en résine».

Un amateur bien connu de l'auteur a passé par là. Il a eu le déclic. Ce morceau de marbre lui disait quelque chose. Certaines gens sont comme des médiums. Notre homme, dont le nom ne se voit pas donné, a juste eu le temps de vérifier son intuition, corroborée par le fait que l'objet portait encore l’étiquette du grand marchand parisien Nicolas Landau (1887-1979). Oui, il s'agissait bien d'un fragment du tombeau de deux rois, détruit à Saint-Denis en 1793. Le Louvre détenait un autre morceau de ce qui abrita jadis les restes de Louis X, Le Hutin, mort en 1316 à 27 ans et de son fils posthume Jean. Roi à sa naissance, ce dernier ne vécut que quatre jours.

Risques financiers assumés

L'amateur se rend dans la salle. Les enchères partent. Il monte, monte, monte. L'objet a fini par lui coûter 38 000 euros au marteau, soit 47 500 avec les frais. Une somme l'obligeant à vider ses comptes et à endommager son assurance-vie. Mais notre patriote voulait que l'objet entre au Louvre. L'acquéreur lui propose donc ensuite la chose. Au prix coûtant. Son marbre et celui du musée rentraient l'un dans l'autre comme le papa dans la maman. Le responsable des sculptures était bien sûr tenté, mais il lui fallait l'aval du directeur de l'institution Jean-Luc Martinez.

Eh bien celui-ci a fini par refuser en décembre, laissant l'ami du musée dans une situation financière difficile! Le directeur n'avait sans doute pas prévu qu'un article paraîtrait. Quoique... Comme bien des gens de la haute administration française, il doit se sentir au-dessus de cela. Martinez a reçu une mission divine... N'empêche que l'écho, s'il se répand, risque de se révéler dévastateur. A force de regarder les gens de haut, le Louvre ne n'a plus tant d'amis que cela.

Genève aussi...

Est-ce propre à Paris, seule ville où depuis François Villon existe le «bon bec»? Non hélas! Nombre de musées du pays voisin traitent fort mal ceux qui ne sont pas du sérail. A Genève, c'est pas mieux au Musée d'art et d'histoire, et ce depuis longtemps. L'institution, à en croire les propos récents de son directeur Jean-Yves Marin à la «Tribune de Genève», croule sous les propositions. Cela lui évite sans doute de répondre. Mais, il y a bien longtemps, j'ai déjà entendu dire qu'un héritier proposait en vain un mobilier Art Déco important. Cadeau! Il n'a reçu de réponse ni positive, ni négative. Le vide. Inutile de dire que son mobilier a fini dans le commerce...

N.B. Le 6 juillet 2017, Christie's a vendu à Londres un fragment du tombeau de Charles V, lui aussi vandalisé à Saint-Denis en 1793. La sculpture, qui représentait deux petits chiens, a fait un prix fou. Environ 10 millions de francs suisses.

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