Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Louvre expose les dessins collectionnés au XIXe siècle par Horace His de La Salle

Mort en 1878, l'homme fait partie des grands donateurs. Ses Géricault, ses Watteau, ses Rembrandt ou ses Poussin n'ont pas tous fini au Louvre, qui les regroupe aujourd'hui.

L'une des feuilles de son ami Géricault.

Crédits: RMN, Paris 2019.

«Officier et gentleman». C’est le titre d’un vieux film américain avec Richard Gere, sorti en 1982. Il devient aujourd’hui celui d’une exposition du Louvre, proposée jusqu’au 10 février. Le double qualificatif va à Aimé Charles Horace His de La Salle (1795-1878), dont le prénom usuel était le troisième, suivant l’usage de l’époque. Ce monsieur restait cependant collectionneur avant tout. La chose va ici de soi. His de La Salle ne succède-t-il pas, dans les salles situées à l’entresol de la Pyramide, à Mariette «le prince des collectionneurs» du XVIIIe siècle?

His n’a pas fait comme ce dernier l’objet d’études exhaustives. Aucun Comité His de La Salle comme il y en a un pour son prédécesseur. Un groupe d’historiens qui a publié (et publiera encore) d’énormes catalogues raisonnés de ses dessins. L’homme n’en a pas moins fait l’objet d’une thèse de Marine de Bayser dès 2008. Les amateurs intéressent aujourd’hui les historiens de l’art au même titre que les créateurs. Ils se montrent indispensables au marché comme à la propagation du goût. His ne s’intéressait pas qu’aux grands noms du passé, en un temps où les œuvres anciennes abondaient dans  les échoppes et chez les marchands à des prix qui nous ahurissent aujourd’hui. His, qui était généreux, donna ainsi au jeune Léon Bonnat, qui mordait à l’hameçon de la collection, un Poussin, un Watteau et un Rembrandt. On imagine aujourd’hui mal un tel présent, sinon entre milliardaires cultivés. Deux mots la plupart du temps antithétiques.

Débuts militaires

L’adolescent His avait commencé par envisager une carrière militaire. Elle n’ira pas bien loin. La chose lui aura au moins permis de se lier d’amitié avec Géricault, lui aussi sous les armes en 1814 au retour des Bourbons. Il y a ainsi beaucoup de Géricault (et des beaux!) sur les murs de l’exposition. Le Parisien se contentera pas la suite de rester un riche dilettante. Il se formera définitivement le goût avec trois ans de voyage en Italie entre 1834 et 1836. Il achète alors un peu de tout. C’est en 1856 qu’il mettra en vente ses gravures afin de se concentrer sur le dessin ancien et moderne. L’amateur n’entasse pas (1). Entre 1862 et 1867, il fait des dons à Dijon, à l’Ecole supérieure des beaux-arts, au Musée des beaux-arts et de la dentelle d’Alençon. Il offre en 1877 une trentaine de feuilles à Lyon. Le reste finira pour l’essentiel au Louvre après sa mort: 454 œuvres dont quelques peintures, médailles et sculptures. Il y a en a donc dans l’exposition actuelle. Je citerai juste l’autoportrait de l’architecte Alberti remontant au milieu du XVe siècle. Un médaillon de bronze reproduit dans tous les bons livres.

La tête de Vierge aujourd'hui donnée à Botticini. Notez le tampon HL indiquant la provenance. Photo RMN, Paris 2019.

L’accrochage du Louvre se focalise naturellement sur les arts graphiques. Une avalanche de chefs-d’œuvre allant de Fra Angelico à Rubens en passant par un pastel de Maurice Quentin de la Tour. Il y a là Clouet, Lucas de Leyde, Salvator Rosa ou Bottticini (un ex-Botticelli réattribué). Le XIXe sort de l'oubli des maîtres aujourd’hui moins recherchés, comme le très délaissé Paul Gavarni. J’ai remarqué au passage quelques Suisses, dont Léopold Robert ou Alexandre Calame. Le choix, car il a bien fallu en opérer un, est dû aux deux commissaires. Il y a d’une part Laurence Lihnares, qui a passé du Louvre à la Fondation Custodia de Paris. De l’autre Louis-Antoine Prat, dont la collection (je vous ai parlé de sa présentation au Museo Correr de Venise) devrait logiquement finir dans les collections nationales. Prat dirige par ailleurs les Amis du Louvre. C’est ce qu’on appelle un notable.

Une exposition confidentielle

L’ensemble apparaît magnifique. Vous ne serez pas dérangés par le trop-plein de public. La chose fait tout de même partie des manifestations confidentielles (encore) organisées par le Louvre. Il est permis de souhaiter que de telles présentations se poursuivent. Il s’agit d’une une excellente manière de faire vivre les collections graphiques de la maison, dont les apparitions se font rares. J’ai connu un temps, pas si lointain que cela, où le Louvre disposait de trois lieux dispersés dans le musée pour présenter du dessin et plus rarement de la gravure…

(1) Il ne se met pas en vedette non plus. Il n'existe aucun portrait de lui. On connaît juste la photo d'une photo, l'original étant perdu.

Pratique

«Officier et gentleman, la collection Horace His de La Salle», Musée du Louvre,rue de Rivoli, Paris, jusqu’au 10 février. Tél. 003331 40 20 5050, site www.louvre.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 9h à 18h, les mercredis et vendredis jusqu’à 21h45. Les horaires et le nombre des salles ouvertes sont un peu chamboulés en ce moment.

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