Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Louvre a franchi pour la première fois le cap des 10 millions de visiteurs en 2018

L'augmentation est de 25 pour-cent en un an. Elle est due à la conjoncture touristique et à de nouveaux aménagements. De 2013 à 2016, le nombre des visiteurs avait constamment chuté.

La Joconde reste l'attraction numéro un. Le Louvre organisera son exposition Vinci à l'automne 2019.

Crédits: DR

Record battu! En 2018, le Louvre a pour la première fois accueilli plus de dix millions de visiteurs. Le chiffre donné reste comme toujours approximatif. Il doit tenir compte des entrées gratuites non comptabilisées. Le résultat tourne donc autour de 1,2 million. Une augmentation de 25 pour-cent depuis 2017. Pour le directeur Jean-Luc Martinez il faut voir là le fruit des efforts d'accueil récents du musée, bien sûr, mais aussi la conjoncture. «La fréquentation a été dopée par la reprise du tourisme international à Paris.» Cette dernière a mis deux ans après les attentats de 2015, dont l'impact s'est révélé immense à l'étranger. Surtout aux Etats-Unis qui ont tout de suite imaginé une France à feu et à sang.

Quels sont les aménagements dont parle Jean-Luc Martinez? Il y a la nouvelle grande billetterie, complétée désormais par une offre en ligne. Une grande bagagerie. Un lieu spécial conçu pour l'accueil des groupes. Tout cela a pris des années à construire sous la Pyramide. Le coût de 60 millions d'euros a été couvert en bonne partie par l'argent venu d'Abu Dhabi. Le Louvre a en revanche beaucoup économisé ces temps sur le gardiennage, d'où une ouverture des salles toujours plus restreinte, surtout en soirée le mercredi et le vendredi. Les 10,2 millions constituent un cache-misère, et j'y reviendrai plus loin.

Un million et demi d'Américains

Qui sont les visiteurs? D'abord des Français. Mais ils ne représentent que le quart du public. Il y a de plus parmi eux 565 000 «scolaires», comme on dit en France. Autrement dit des élèves des écoles, parfois privés de musée après les attentats. Viennent ensuite les Américains: 1,5 million. Il y a quelque chose de spécial entre Paris et les Américains qui rêvent toujours de la capitale comme le faisait naguère Hollywood. "Apeshit", le clip l'été dernier tourné par Beyoncé et Jay-Z au Louvre a ainsi fourni une superbe publicité gratuite au musée. Le film se révélait particulièrement soigné.

Et ensuite? Eh bien les Chinois, toujours en groupes. Ils ont été près d'un million en 2018. Visites courtes, très canalisées, mais il s'agit là d'un début. Ils reviendront peut-être un jour seuls pour d'autres types de fréquentation, comme le font désormais souvent les Japonais ou les Indiens. Le public du Louvre a par ailleurs considérablement rajeuni, contrairement à ce que pensent les tenants du tout-contemporain. Un visiteur sur deux a aujourd'hui moins de trente ans. Le Louvre constitue un peu un parc à thème pour ces cadets, qui aiment le mélange de palais, de château fort, de magasin et de musée.

Fin du dimanche gratuit

Quand je vous aurai dit que le Louvre va abandonner son dimanche mensuel gratuit «faute de succès» (un mensonge évident, la file d'attente étant alors interminable) pour le remplacer par un samedi soir bien plus court, je pourrai ajouter mes bémols. Le Louvre, je l'ai souvent dit, devient un lieu problématique. Peu d'expositions intéressantes. Des achats discutables. De nouvelles réalisations malheureuses, comme l'inepte Pavillon de l'Horloge qui remplace les magnifiques salles consacrées à l'histoire du palais. Un mitage des salles et des cimaises, à cause de prêts à l'extérieur trop abondants. Des relations de travail que l'on dit détestables. Une impression pour les habitués de se retrouver dans une grande gare, même si certaines parties restent encore peu peuplées.

Ce 10,2 million offre bien sûr une victoire à Jean-Luc Martinez, dont le mandat s'est vu reconduit en 2018 en dépit des critiques. Le premier quinquennat avait été marqué par une érosion constante du nombre des visiteurs. Son prédécesseur Henri Loyrette était monté jusqu'à 9,7 millions. Chaque année amenait une nouvelle diminution. La courbe n'a repris l'ascenseur qu'en 2017 avec 8,1 millions. Vous me direz que c'est de l'épicerie. Mais la fréquentation du Louvre se voit utilisée en France comme un baromètre, bien davantage que celle d'Orsay ou du Centre Pompidou. Il faut à tout prix rester à la tête du classement mondial. Or maintenant le Musée national de Chine (environ 8 millions) et le Metropolitan Museum de New York (7,5 en 2017) aspirent au sommet du podium. Notons au passage que le «Met» domine toujours les USA, alors que les mécènes ont aujourd'hui les yeux tournées vers le Museum of Modern Art pour être «trendy».

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