Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le gros livre "Les textiles" fait le tour pointilliste des savoir-faire historiques en la matière

Publié avec la Fondation d'entreprise Hermès, ce pavé offre les contributions de multiples auteurs. Il concerne avant tout le haut de gamme, mais...

La couverture du livre. Le toucher reste essentiel pour le textile.

Crédits: DR.

Les savoir-faire se perdent. La main ne servira bientôt plus qu’à taper sur des touches d’ordinateur, maintenant qu’il lui est en plus interdit de se montrer baladeuse. Du coup, les alarmes commencent à sonner. Les artisans deviennent progressivement des trésors nationaux vivants, comme au Japon. La Fondation d’entreprise de la maison Hermès, qui vit (très bien, du reste) du travail de ces gens participe donc à l’éditions de gros livres dédiés aux matières nobles. Après «Le bois» en 2015, «La terre» en 2016 et «Le métal» paru en 2018, voici donc «Les textiles». Un ouvrage collectif bien dodu où il est question de tout ce qui concerne le tissu, de la préhistoire à nos jours.

Les approches des auteurs se révèlent très diverses. Après un chapitre liminaire qui parle du «langage textile», en remettant en place les idées du lecteur (quels sont les types de fibres, par exemple), viennent les grandes données historiques. La tapisserie, la dentelle, la passementerie ou la broderie ont ainsi traversé le temps. Comme la mode. Leur histoire s’arrêterait cependant aujourd’hui si ces genres ne se voyaient pas mis sous perfusion. Manquent ici les commandes et les utilisateurs. Il est ensuite permis de passer aux temps modernes. Là où se situe aujourd’hui la production vivante. La parole se voit ici donnée à des créateurs qui sont surtout de nos jours des créatrices. Caroline Achaintre, Eric Chevalier & Anne Mason, Simone Pheulpin occupent alors le devant de la scène comme Sheila Hicks, qui se contente elle d’un portfolio.

Surconsommation

Il y a aussi des textes sociaux (je n’aime pas le mot «sociétaux») dans cet ouvrage piloté par Hugues Jacquet. Certains sont excellents, comme celui où Michel Pastoureau parle bien sûr de la couleur. D’autres reflètent l’air du temps. Celui de Julie Crenn sur le «soft power» se veut ainsi hyper-politique avec le tissu vu comme une désobéissance civile au féminin. Il y a là tant de mots en vogue que cette contribution a l’air d’un pastiche destiné à amuser. Comme dans tous les mélanges (recueils universitaires destinés à honorer tel ou tel professeur, partant en général à la retraite) le lecteur de fond trouvera aussi quelques pages un peu à côté de la plaque. Pourquoi ici? Ce ne sont pourtant pas forcément les moins intéressantes.

Le sociologue Hugues Jacquet. Photo tirée de Youtube.

Nous restons bien sûr ici pour l'essentiel dans l’artistique ou le haut de gamme. Hugues Jacquet lui-même remet pourtant l’église à l’heure et la pendule au milieu du village. «Pour une consommation responsable» rappelle in fine de manière bienvenue que la confection a atteint le fond. C’est celui qui a fait acheter en 2018 aux Français 2,6 milliards de pièces, soit 36 par individu. Une aberration. J’ai du reste lu ailleurs que les acheteurs ne portaient vraiment que le tiers des vêtements acquis. Tout cela fait tourner le Tiers Monde dans des conditions de travail inacceptables, la confection ayant déserté l’Europe depuis les années 1980. Notez qu’elle risque de revenir chez nous en vertu (si j’ose dire) de la robotisation. L’auteur nous assène ici, après beaucoup de glamour et de jolies photos en couleurs, une sorte de douche froide. Mais suffira-t-elle à réveiller qui que ce soit?

Pratique

«Les textiles», sous la direction d’Hugues Jacquet. Edité par Actes Sud et la Fondation d’entreprise Hermès, 416 pages.

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