Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le livre "D'une rive à l'autre: patrimoines croisés" salue le départ de Leila El-Wakil

Il s'agit d'un mélange. Comprenez par là que différents scientifiques ont donné chacun un article pour l'ouvrage marquant la fin de la carrière universitaire de la Genevoise, une activiste du patrimoine construit.

Leila El-Wakil a consacré l'essentiel de ses activités aux monuments de Genève et d'ailleurs.

Crédits: Tribune de Genève

J'avais ce livre en attente, comme bien d'autres. Une chronique comme la mienne ressemble à une piste d'aérodrome. Il existe chez moi une liste d'attente pour les décollages. Je pourrais aussi faire penser aux urgences d'un hôpital. Ce qui est presse le plus passe en premier. Il y a toujours l'exposition qui va se terminer. Le salon durant quatre jours. Une question de temps qui n'existe pas pour un bouquin. Celui-ci reste en librairie des mois et, si tel n'est pas le cas, il peut toujours se commander.

Je vous avais parlé cet été de la dernière leçon. dans l'ex-Ecole de Chimie du boulevard des Philosophes genevois, de Leila El-Wakil. Un excellent spectacle où l'enseignante avait préféré raconter son parcours que donner un cours ex cathedra. Il faut dire que le public était formé d'amis. La chose prête aux confidences. Il y a aussi un côté étrange dans le parcours de cette passionnée du patrimoine. Comme le relève Brigitte Mantirelli dans la préface du «mélange» offert alors à la professeure (la féminisation est ici de rigueur), Leila a dû attendre sa nomination jusqu'en 2013, «alors qu'elle était assistante d'un professeur de l'UNIGE depuis 1980, puis suppléante à Neuchâtel en 1994 déjà.» Madame Egalité impute le genre. Je me permets d'ajouter une forte personnalité qui dérange. L'Alma Mater ne se caractérise pas par l'indépendance d'esprit.

Genève et l'Orient

Mais passons au contenu de l'ouvrage. Vous savez ce que sont des «mélanges». Il s'agit de textes, en général courts, portant sur des sujets divers. Ces écrits se rattachent si possible aux activités de la personne quittant ses fonctions. Ces hommages ont tendance à paraître un peu tard. Voire trop tard. Il faut saluer ici le travail d'intendance de Silvia Naef, de Pauline Nerfin et de Nadia Radwan. Elles ont tout fait pour que ce gros volume sorte à temps. Il faut imaginer le travail de coordination, la recherches de fonds, sans oublier les quelques coups de pied dans le derrière pour que les auteurs rendent leurs contributions dans les délais impartis.

Il y a bien sûr du genevois dans «D'une rive à l'autre: patrimoines croisés». Tous les noms voulus sont au rendez-vous, de Matthieu de la Corbière à Frédéric Elsig en passant par Anastaszja Winiger-Labuda, Véronique Palfi ou Isabelle Brunier. Il est aussi bien questions ici de la salle d'apparat du château de Dardagny que du chalet de la Tour à Bessinge et des villas de luxe de l'architecte Anne Torcapel. D'autres auteurs amènent forcément d'autre rivages. Il vont du Bayreuth rococo, aujourd'hui éclipsé par les mugissements wagnériens, à Toulouse. Il fallait enfin un peu d'Orient pour rappeler les origines égyptiennes de Leila. La chose permet notamment à Jan Blanc, qui coiffe la Faculté des lettres, de donner un dictionnaire des peintres hollandais actifs sous des cieux exotiques au XVIIe siècle. Mais où trouve-t-il le temps de faire ça?

Un peu de théorie pour finir

L'épais volume se termine avec un peu de théorie, alors que celle-ci précède traditionnellement la pratique. Barbara Roth-Lochner traite des patrimoines documentaires, dont le volume explose et se diversifie. Sabine Nemec-Piguet, qui approche elle-même de la retraite, aborde des questions de chantier. Je ne cite bien sûr pas tout le monde. Dans cet aréopage scientifique réuni autour de la personne de Leila El-Wakil, il y a bien trop de gens, que je ne connais d'ailleurs pas tous. Il me faut en effet dire, avant de clore, qu'il s'agit de textes lisibles. Clairs. Peu jargonnants. Destinés à de vrais lecteurs. La chose mérite de se voir saluée. L'Alma Mater ne donne pas toujours dans le consommable. Elle entretient même parfois un fâcheux goût pour l'entre-soi.

Pratique

«D'une rive à l'autre: patrimoines croisés», ouvrage collectif, aux Editions Slatkine, 340 pages.



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