Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Kunstmuseum de Winterthour présente cent autoportraits de Gerhard Richter

Exécutés au crayon en 1993, ils montrent l'artiste allemand sous son profil gauche. Autrement, le musée et son annexe présentent quatre autres bonnes expositions.

L'affiche de l'exposition.

Crédits: Gerhard Richter, Kunstmuseum, Winterthour 2020.

Le Kunstmuseum de Winterthour entretient depuis plusieurs dizaines d’années des rapports privilégiés avec Gerhard Richter, né en 1932. Le peintre allemand était très lié avec son directeur Dieter Schwarz, aujourd’hui à la retraite. Que voulez-vous? Nous sommes dans un monde vieillissant. Les liens ont visiblement été maintenus, alors que le musée se voit aujourd’hui géré par Konrad Bitterli. L’institution présente depuis la mi-mai cent autoportraits de l’artiste. Une exposition qui devait ouvrir avec le printemps, le 21 mars dernier.

N’imaginez surtout pas des œuvres de toutes les époques! Curieusement entièrement figuratives, bien sûr. Mais on sait à quel point cet artiste aujourd’hui "chérissime" peut se montrer versatile, de l’abstraction dure à la représentation réaliste. Le Kunstmuseum peut du reste proposer dans l’accrochage de ses (très riches) collections un paysage de Richter parfaitement classique d'apparence. Les autoportraits montrés dans une grande salle du rez-de-chaussée datent en fait tous de 1993. Cette année-là a en effet paru chez Insel Verlag de Francfort un livre de super luxe comprenant les écrits du maître, qui avait aussi consenti en prime quelques entretiens. Chacun des 101 exemplaires comprenait un dessin original. Un «Selbstbildniss» tracé au crayon, précisément.

Un reliquat

Ce ne sont bien sûr pas ceux-là que peut découvrir le public. Il n’en voit que trois, ceux des livres présentés dans une vitrine. Richter avait en effet vu large. Il avait exécuté 96 dessins supplémentaires afin de pouvoir procéder à un choix. Ce reliquat n’a jamais été dispersé. L’ensemble se trouve de nos jours encore aux mains d’un seul collectionneur privé. C’est ce lot que regarde le public. Le peintre est intervenu dans les tractations. Curatée par Konrad Bitterli, l’exposition est réalisée avec les Archives Gerhard Richter de Dresde. Comme c’est beau de disposer déjà d’archives quand on reste encore vivant et productif, même si cela manque un peu de modestie!

Puisque nous restons tout de même dans l’art contemporain, avec ces croquis évoquant un peu (avec plus d'un demi siècle de retard) les frottis de Pierre Bonnard, Richter a usé d’un protocole. Tous les dessins, au départ destinés à se voir enserrés dans un livre, demeurent bien sûr de la même taille. Il y a un seul médium, le crayon. Richter se montre toujours sous son profil gauche. A sa gauche se place une surface vide pouvant s’assimiler à un mur. Seule variante, l’homme porte ou ne porte pas de lunettes. Cela dit, il y a les œuvres travaillées et celles qui le sont moins. Elles apparaissent alors presque fantomatiques. Il est aussi permis de penser que certains autoportraits sont plus réussis que d’autres… Il faut dire que Richter est un peu vite allé en besogne. En regardant de près, j’ai vu que treize dessins dataient du seul 5 septembre et dix-huit du 10 octobre...

De Spitzweg à Van Ostade

L’exposition est l’une des cinq que proposent aujourd’hui le Kunstmuseum lui-même, en compagnie de son annexe le Kunst Museum, autrement dit l’ancienne Fondation Oskar Reinhart. Tandis que ce dernier offre le peintre romantique allemand Carl Spitzweg, des miniatures de la première moitié du XIXe siècle provenant de la Fondation Kern et des tableaux et gravures d’Adriaen van Ostade, trois choses dont je vous parlerai un de ces jours, le Kunstmuseum propose Walead Beshty. Le nom vous dit peut-être quelque chose. Normal. Il s’agit là d’une coproduction avec le Mamco genevois. L’impression est toute différente dans un cadre nouveau (1). Il y a enfin les propositions du Fotomuseum, dont le remarquable Evelyn Hofer dont je viens de vous rendre compte. Plus les photographes de guerre féminines. Contrairement à Genève, Winterthour bouge beaucoup. Elle fait du coup partie en Suisse de celles qui importent vraiment. Si notre ville compte bien sûr aussi, c'est hélas pour beurre!

L'exposition Beshty, version Kunstmuseum. Photo Christopher Burke, Kunstmuseum Winterhur 2020.

(1) L’exposition Beshty conçue par Lynn Kost commence dans les salles d’art du XXe siècle. Logique. L’Américain a beaucoup utilisé Fedex pour que la maison de transport casse par mégarde ses œuvres en verre. Il y a donc là comme un clin d’œil.

Pratique

«Gerhard Richter,100 Selbstbildnisse», Kunstmuseum, 52, Museumstrasse, Winterthour, jusqu’au 4 octobre. Tél. 052 267 61 62, site www.kmw.ch Ouvert le mardi de 10h à 20h, du mercredi au dimanche de 10h à 17h. Le musée s’est adapté à l’heure actuelle. Il propose ses masques de protection design. Notons que celui-ci n’est pas obligatoire dans les salles. La chose a cependant son prix: 28 francs.

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