Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Kunstmuseum de Soleure se penche sur la peinture suisse des années 1939 à 1945

"Guerre et fausse paix". Comment les peintres et quelques sculpteurs ont-ils réagi au conflit mondial? Une amorce de réponse sur un sujet passionnant.

Maurice Barraud poursuit durant la guerre son grand rêve arcadien.

Crédits: Sucession Maurice Barraud, Kuntsmuseum, Soleure 2021.

Que peint-on pendant une guerre? De quelle manière s’exprime-t-on, même si elle ne vous touche pas directement? Telles sont en gros les questions auxquelles tente aujourd’hui de répondre le Kunstmuseum de Soleure avec «Krieg und (falscher) Frieden». Il s’agit moins là d’une exposition que d’un accrochage thématique. Tout, ou presque, appartient à l’institution. D’où le côté partiel, et donc partial, de la sélection. Il faut préciser que l'ensemble a dû rentrer au chausse-pied dans une salle du premier étage. Celle-ci a beau se révéler grande. Les murs connaissent tout de même leurs limites, et il semblait difficile d’installer là davantage que deux sculptures. Elles doivent tout de même respirer.

L’art suisse reflétait-il entre 1939 et 1945 la catastrophe, la peur et l’angoisse? Celle du monde, bien sûr, mais également celle des artistes abandonnés et déboussolés? Oui et non. Tandis que les frontières étaient gardées en permanence par l’armée, des plasticiens ont à la fois évoqué et contredit la dureté des temps. Comme souvent, les Alémaniques se sont montrés plus audacieux. Le public peut ainsi voir aux murs du Kunstmuseum deux tableaux terrifiés d’Hans Jauslin avec des enfants et des oiseaux morts de 1942. A l’opposé, le Genevois Maurice Barraud développe, à son accoutumée, un grand rêve arcadien, avec des baigneuses roses ou de jolie filles court-vêtues roulant à bicyclette.

Un vrai thème

Pas d’abstraction. Un peu de surréalisme avec Max von Moos. Et des toiles discrètement tourmentées d’Ernst Morgenthaler ou de Max Gubler. Il faut dire que le choix se voit limité par ceux des collectionneurs qui ont alors acheté selon leurs goûts, avant de créer des fondations plus tard déposées ici. Formidable, le sujet se voit du coup comme effleuré. Il pourrait faire l’objet d’une vaste rétrospective, comme le Kunsthaus d’Aarau sait si bien les faire. Les œuvres montrées iraient du plus idyllique à la violence d’une toile comme «Le Narcisse suisse» (1944) de Paul Carmenisch. Le Bâlois avait montré là un homme s’étudiant nu dans une salle de bains immaculée, où chaque carreau des murs est décoré d’une scène d’atrocité nazie. Un tableau bien entendu inexposable dans la Suisse neutre de l’époque…

Pratique

«Krieg und (faslcher) Frieden»», Kunstmuseum, 30, Werkhofstrasse, Soleure, jusqu’au 15 août. Tél. 032 624 40 00, site www.kunstmuseum-so.ch Ouvert du mardi au vendredi de 11h à 17h, les samedis et dimanches dès 10h.

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