Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Kunstmuseum de Soleure déroule vingt-cinq ans de la vie de Claudio Moser

Aujourd'hui installé à Genève, l'Argovien bénéficie d'une rétrospective mêlant photos, peintures, sculpture et cinéma. Le tout sous le signe du monumental.

Claudio Moser.

Crédits: Montage RTS.

Je vous ai parlé de trois expressionnistes suisses logés en sous-sol. J’ai eu quelques mots pour l’accrochage du premier étage, consacré au peintres suisses pendant la guerre. Vous devez du coup vous dire que le Kunstmuseum de Soleure reste tourné vers le passé. Ce n’est évidemment pas le cas. Comme beaucoup d’institutions alémaniques, ce lieu hautement recommandable poursuit une politique avant tout contemporaine. Avec les moyens du bord. Il n’existe pas ici de visées internationales comme à Bâle, Zurich ou même Winterthour. A l’instar d’Aarau, le musée soleurois se veut sinon local du moins régional. Il rend compte de ce qui se passe entre Berne et Saint-Gall.

L'affiche de l'exposition. Une photo cette fois statique. Photo Claudio Moser, Kunstmuseum, Soleure 2021.

C’est à Aarau qu’est ainsi né Claudio Moser. Le photographe bénéficie aujourd’hui (il a eu droit à un gros «rab» en raison du confinement No2) des sept grandes salles du rez-de-chaussée. Claudio est longtemps demeuré ce qu’on appelle avec gourmandise «un jeune artiste». Il a aujourd’hui 62 ans. Le temps passe. Mais notre homme ne s’est pas retrouvé dépassé, comme tant de ses confrères oubliés après quelques années de succès. Il faut dire qu’il a toujours su s’y prendre. L’Alémanique a fait ses classes à Genève, au temps où l’actuelle HEAD s’appelait l’ESAV. Il a eu comme professeurs de cinéma François Albéra, qui est du genre dogmatique. Plus feu Francis Reusser, alors bien revenu de sa période gauchiste.

Prix et résidences

Tout s’est apparemment bien passé pour lui. Claudio a empilé les prix et additionné les résidences, le plus dur restant d’obtenir les premiers d’entre eux. J'énumère. Trois Bourses fédérales. L’Institut suisse de Rome. La Cité des Arts à Paris. New York. Le Canada. Berlin. Tel Aviv. Presque tout pour devenir une sorte d’artiste officiel. Une de ces individualités qu’on retrouve plutôt en pilotage automatique chez Pro Helvetia que chez les galeristes et a fortiori chez de vraies gens, accroché au-dessus d’un canapé. Faux! Moser est promu à Genève (ville où il vit dorénavant) par Skopia, ce qui constitue une garantie de sérieux. Il fait partie des noms adoubés par la Collection Pictet, signe d’un léger ennui haut de gamme. Et nul ne s’étonne s’il occupe aujourd'hui tout un étage de musée.

"Gare maritime". Photo Claudio Moser, Kunstmuseum, Soleure 2021.

Que montre Claudio Moser dans «Gegen Osten»? De la photographie, bien sûr. Une photo donnant l’idée du mouvement, avec les flous que cela suppose. Une photo tirée en immense, histoire de faire comprendre qu’on a affaire à un plasticien. Quelque chose de cérébral, parfois un peu sinistre. Dès 2002, notre homme s’est vu invité au Fotomuseum de Winterthour, qui ne donne pas dans la franche rigolade. Mais il ne fallait pas oublier que Moser se veut multimédias. Le commissaire Christoph Vögele montre donc sa peinture, énorme elle aussi, avec des coulées abstraites. Plus de la sculpture, dominée par un certain nombre de grosses boules jaunes. Et il y a du cinéma, bien entendu! Plongée dans une demi obscurité, l’ultime salle sert de contenant à une installation avec un projecteur et deux écrans. Plus le rouleau de film, qui fait du bruit. Du seize millimètres à l’ancienne. En noir et blanc, de plus! La rencontre d’un homme, et d’une femme. Un thème éternel s’il en est.

Un univers hermétique

Voilà. Le visiteur se retrouve plongé dans un univers élaboré au cours d’un quart de siècle, les années 1995 à 2020. Il y a aussi un peu partout des tableaux-rubans se déroulant depuis le plafond. Un peu comme les papiers tue-mouche (elles s’y encollaient) de mon enfance. Au public de décider s’il a, ou non, l’envie de rentrer dans ce qui n’est pas forcément un jeu. Mieux vaut, à mon avis, se laisser un peu de temps. Celui de l’acclimatation. On ne pénètre pas si facilement dans un univers qu’il semble permis de juger un brin hermétique.

Pratique

«Claudio Moser: Gegen Osten», Kunstmuseum, 30, Werkhofstrasse, Soleure, prolongé jusqu’au 24 mai. Tél. 032 624 40 00, site www.kunstmuseum-so.ch Ouvert du mardi au vendredi de 11h à 17h, les samedis et dimanches de 10h à 17h.

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