Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Kunstmuseum de Saint-Gall propose un trio d'expositions contemporaines

L'institution laisse l'étage à Adrian Schiess. Le rez-de-chaussée va à Geta Bratescu. Le sous-sol se voit réservé aux artistes travaillant avec divers nouveaux médias.

Le soleil d'automne sur les plaques d'Adrian Schiess.

Crédits: Adrian Schiess, Kunstmuseum Sankt-Gallen 2020.

Jamais deux sans trois! Le Kunstmuseum de Winterthour présente donc trois expositions en même temps. Un rythme de grand musée, uniquement dépassé en Suisse par celui de Bâle et qui est devenu la norme au MCB-a de Lausanne comme au Kunsthaus de Zurich. La culture prend aujourd’hui un aspect quantitatif. Il s’agit de multiplier les «propositions». Il faut aussi d’occuper le terrain.

Le premier étage, avec son grand hall supérieur au beau décor 1880, appartient ainsi à Adrian Schiess. Né en 1961, ce que la documentation de presse ne précise pas, le Zurichois ne reste donc plus tout à fait un jeune homme. Ennuyeux pour quelqu’un sortant tout de même de l’univers punk! S’il joue de la guitare, l’artiste connaît désormais un peu trop bien la musique. De type rétrospectif, la présentation ne montre du reste aucune vraie évolution chez lui. Rien aux murs, laissés blancs. De grandes plaques colorées au sol, laquées comme des carrosseries de voiture. C’est tout juste si certaines d’entre elles proposent désormais des décors peints à la place des habituels aplats colorés. Un peu répétitif sur un étage entier de musée, qui aligne des pièces allant des années 1980 à 2020...

Une Roumaine méconnue

Au rez-de-chaussée, une inconnue ou presque. Je veux bien que Geta Brătescu se voit présentée comme «l’une des artistes femmes les plus connues de Roumaine au XXe siècle», il m’a fallu un texte mural pour l’apprendre. Sa prestation à la Biennale de Venise en 2017, l’année d’avant sa mort à 92 ans, ne m’avait donc pas marqué à vie. L’exposition propose 54 œuvres. Le calcul peut s’opérer d’une manière différente. Ces créations se révélant souvent multiples, on arriverait ainsi à 120 pièces. Il s’agit avant tout de dessins, de photos et de vidéos maintenant en vie des performances. Inutile de préciser que le tout est resté mal vu du régime communiste. Exclue des écoles d’art en 1948 à cause de ses origines bourgeoises, Geta a vécu de son travail de graphiste avant de se voir réhabilitée après 1990. Au moins aura-t-elle pu profiter ce ce changement à 180 degrés de son vivant. Sa production se révèle "intéressante", mais je crains qu’il s’agisse là du pire des adjectifs. Il faut là surtout la voir dans le cadre de l’art féministe au XXe siècle.

Et le petit dernier? Eh bien l’ultime des accrochages du Kunstmuseum de Winterhour se situe au sous-sol. Un emplacement qui lui va assez bien, avec ses murs bétonnés. Il s’agit de «Welt am Draht», où Roland Wäspe (qui est par ailleurs le directeur de l’institution) traverse tous les courants. Il y a là quantité d'installations avec des projections lumineuses, un extrait de feuilleton TV signé Rainer Werner Fassbinder, des bandes de néon ou des tubes fluorescents. Plus des photos de Manon, la «body artiste» suisse un peu oubliée des années 1970, dont je me suis demandé ce qu’elles faisaient là. «Welt am Draht» embrasse trop pour bien étreindre. Il suffit de regarder la (longue) liste des participants. Je saisis mal le rapport entre Pipilotti Rist et Roman Signer, à part le fait qu’ils constituent les artistes officiels d’aujourd’hui. Et que vient faire Mona Hatoum auprès du couple Silvie et Chérif Defraoui? A chaque visiteur sans doute d’opérer «ses» liens. Autrement le courant promis ne passera pas.

Pratique

«Welt am Draht», Kunstmuseum, 32, Museumstrasse, Saint-Gall, jusqu’au 7 mars 2021. Tél. 071 242 06 71, site www.kunstmuseumsg.ch Ouvert du mardi au dimanche de 19h à 17h, le mercredi de 10h à 21h. Pour l’instant, c’est ouvert!

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