Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Kunstmuseum de Berne redécouvre l'abstraite japonaise Teruko Yokoi

L'artiste vit très discrètement dans la ville fédérale depuis 1962. Elle avait auparavant fait sa place à New York. L'accrochage se concentre sur les années 1960.

Teruko Yokoi à Paris vers 1960.

Crédits: DR, Kunstmuseum, Berne 2020.

Ce n’est pas vraiment une coïncidence. Le hasard me semble en effet très arrangé. Alors que le Zentrum Paul Klee montre Lee Krasner, le Kunstmuseum dédie un accrochage à Teruko Yokoi. Les deux institutions, qui avaient été liées dès la nomination de NinaZimmer en 2016 comme surintendante, se sont vues précisées fin 2018. A la tête du «Kunst» depuis 2002, Matthias Frehner rendait alors son tablier. Nina n’avait plus qu’à devenir directrice à sa place. Pour une fois, il y avait une couche de moins dans un ordinogramme…

L'affiche de l'exposition du Kunstmuseum. Photo DR.

Née en 1924 près de Nagoya, Teruko Yokoi a commencé ses études dans un Japon en guerre, puis sous occupation américaine. Elle a alors remporté tous les prix possibles. En 1954, c’est une artiste déjà connue qui gagne les Etats-Unis, où elle a passé à un cubisme bien tardif, puis à l’abstraction. Elle aussi a étudié (comme Lee Krasner) sous la férule de Hans Hofmann. La femme s’est vite intégrée à la scène new-yorkaise, côtoyant Joan Mitchell comme Mark Rothko ou Franz Kline. Elle devait même en épouser brièvement l’un des plus brillants représentants, Sam Francis. Un monsieur par ailleurs lié à Berne, où il avait non seulement un éditeur d’estampes et galeriste en la personne de E.W. Kornfeld, mais des amis actifs sur le plan pictural. Comme l’a rappelé il y a quelques années le Kunstmuseum, Berne a formé un des foyers de l’abstraction européenne des années 1950-1960 avec des gens comme Franz Fedier ou Rolf Iseli.

Une légèreté colorée

Après sa séparation de Sam et un retour apparemment décevant au Japon, Teruko s’est donc installée en 1962 dans la ville fédérale, où elle vit toujours. C’était une bonne raison pour saluer celle qui poursuit là une carrière discrète. Le nom n’est guère connu hors des petits cercles d’amateurs. La commissaire Marta Dziewanska, en accord avec Nina Zimmer, s’est cependant concentrée sur les années 1960. Avec des toiles pour bonne partie empruntées à l’artiste elle-même, elle propose ainsi un ensemble cohérent. Teruko Yokoi puise alors dans l’abstraction américaine de quoi se forger un langage personnel. Il y a là quelque chose de calligraphique et de léger, avec un réel sens de la couleur. Il s’agit d’une petite exposition au sous-sol. La bonne taille. Je ne pense pas que l’artiste aurait gagné à se voir plus largement représentée. C’est tout de même un peu répétitif.

Pratique

«Teruko Yokoi, Tokyo-New York, Bern», Kunstmuseum, 8, Hodlerstrasse, Berne,jusqu’au 10 mai. Tél 031 328 09 44, site www.kunstmuseumbern.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h.

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