Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Kunstmuseum de Bâle se penche sur Rembrandt graveur. A voir absolument!

Organisée en parallèle avec "L'Orient de Rembrandt", l'exposition se base sur les deux donations du marchand bernois Eberhard W. Kornfeld de 2007 et de 2019.

Le "Portrait d'Abraham Francen" par Rembrandt

Crédits: Kunstmuseum, Bâle 2020.

Rembrandt II. Le retour. Le Kunstmuseum de Bâle a profité de l’occasion offerte par «L’Orient de Rembrandt» pour sortir ses gravures du maître de leurs cartons. A vrai dire, la plupart d’entre elles n’y traînaient pas depuis longtemps. C’est en 2007 que Eberhard W. Kornfeld a fait don à l’institution de l’essentiel des estampes du maître en sa possession. Le musée, qui se limitait alors à son bâtiment des années 1930, avait du reste organisé à l’époque une présentation globale de cet ensemble. En 2019, le marchand bernois a accru ses largesses avec 31 épreuves supplémentaires. Le Kunstmuseum détient ainsi un lot magnifique, complétant celui initié au XIXe siècle par Emilie Linder. Seul le Cabinet cantonal vaudois, déposé au Musée Jenisch de Vevey, possède de plus belles épreuves grâce au fonds Pierre Decker.

L'autoportrait au sabre de Rembrandt. Photo Kunstmuseum, Bâle 2020.

Un florilège se voit donc proposé à l’entresol du Hautpbau, quelques pièces complétant le parcours de «L’Orient de Rembrandt» au Neubau. L’attention se voit bien sûr portée sur le don récent d’Eberhard W. Kornfeld. Il comprend plusieurs pièces très rares. Très chères aussi. Le propriétaire de la principale maison d’enchères internationale spécialisée dans les arts graphiques avait ainsi gardé par devers lui un tirage, particulièrement beau, de «Les trois arbres». Ou un autre, financièrement inaccessible pour le musée, d’un état intermédiaire de «Les trois Croix». L’unique pièce présentée à Bâle lui appartenant encore reste ainsi un autre état, lui aussi non définitif, de son «Ecce Homo». Ce sera sans doute pour plus tard…

Une légende du marché de l'art

A 97 ans, Errhard W. Kornfeld reste une légende du marché de l’art en Suisse, tout comme son aînée de quelques mois Alice Pauli. Mais l’homme, qui a fait de la petite maison Klipstein l’entreprise qu’elle forme aujourd’hui, se trouve également derrière des travaux de recherches, portant notamment sur les zincographies de Paul Gauguin. Il a été le modèle vivant d’Alberto Giacometti. C’était dans les années 1950. Il a lancé le Kirchner Museum à Davos. Le commerçant a enfin voulu laisser au marché de l’art une certaine dignité, à l’opposé du mercantilisme actuel. A ses ventes, le téléphone n’a été admis qu’au début des années 2000. Une gravure doit selon lui se mériter. Les dames ont droit à une rose et les messieurs à une salutation personnelle. De tout cela, la presse alémanique n’a retenu en 2013 que les liens du Bernois avec les Gurlitt, ces derniers étant soupçonnés de spoliations au temps du nazisme. Je l’ai constaté en faisant mes recherches. Pas un mot sur les donations à Bâle...

Eberhard W. Kornfeld. Photo Keystone.

Pour mettre en scène celles-ci, il fallait des idées simples. La première a été de montrer l’envers de deux épreuves, afin que les visiteurs puissent se familiariser avec leurs six marques de collectionneurs remontant parfois au XVIIIe siècle. La seconde de faire voir par de petits films les filigranes du papier utilisé. Il n’est pas innocent que l’un d’eux ait été fabriqué à Strasbourg et qu’un autre sorte d’un moulin bâlois exportant vers 1640 aux Pas-Bas. A part cela l’exposition, présentée de manière ultra simple, est merveilleuse. Si vous devez en choisir une, prenez celle-ci en priorité par rapport à L’Orient de Rembrandt. Nous nous trouvons ici dans le fon-da-men-tal.

En ce qui concerne les indication pratiques, je vous renvoie au texte sur «L’Orient de Rembrandt». Il se trouve une case plus haut dans le déroulé de cette chronique.

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