Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Kunstmuseum de Bâle revoit le contenu de son accrochage de peinture ancienne

Il y a des nouveautés et des retours en grâce. Plus des juxtapositions parfois insolites. L'idée générale est de montrer que les choses bougent.

Un Augusto Giacometti abstrait de 1910.

Crédits: Kunstmuseum, Bâle 2021.

Après le XXe siècle, les époque précédentes. Le Kunstmuseum de Bâle a remodelé son accrochage dit «permanent». Une bonne manière d’illustrer sa mobilité et sa réactivité. Trop d’institutions ne pensent qu’à leurs expositions temporaires. La désertification par le public de leurs autres espaces, que l’on peut constater dans nombre d’entre eux, en forme sans doute la conséquence. La poussière ne constitue pas qu’une réalité physique. C’est aussi une impression mentale.

Quoi de neuf, si j’ose dire, au premier étage du Hauptbau? Tout d’abord une meilleure intégration des Suisses dans le parcours général. Il ne faut pas les mettre dans un ghetto, même si c’est à mon avis bon qu’il existe ici au rez-de-chaussée des salles vouées à la peinture bâloise. La chose peut prendre, au propre comme un figuré, des couleurs insolites. Je n’aurais jamais eu l’idée de rapprocher les fleurs de Claude Monet des demi-abstractions du Grison Augusto Giacometti, qui a osé la non-figuration en même temps que Kandinsky ou Kupka en 1910. Mais ça marche! De même, pourquoi ne pas faire cohabiter dans la même pièce Hodler, Odilon Redon, Arnold Böcklin et un Ernst Stuckelberg fraîchement sorti des caves? Stuckelberg sort donc du purgatoire. Alors pour quelle raison y laisser Fritz Schider (1846-1907)? Mort à Bâle, l’Autrichien représente avec virtuosité l’impressionnisme germanique, dont on ne parle guère même en terres allemandes.

Les 500 ans du "Christ mort"

Une remise à plat des collections permet aussi d’intégrer de nouvelles acquisitions. La Fondation Athéné, dont je ne connaissais pas l’existence, a permis d’acquérir une paire de paysages avec soldats de Jean Philippe de Loutherbourg datés de 1763. Des toiles de sa période parisienne, avant le départ pour Londres. La «Stiftung» pour l’art néerlandais ancien s’est offert pour sa part un grand bouquet de fleurs de Cornelis Kick des années 1650. Le portait du jeune Peter von Baerthold de Barthel Bruyn a pour sa part émergé du néant. Où était-il donc caché dans les réserves? Il représentera désormais aux murs le meilleur suiveur allemand de Holbein.

"La tour chinoise dans le jardin anglais à Munich". Un Fritz Schider des années 1870. Kunstmuseum, Bâle 2021.

Deux dépôts encore. Une famille allemande a confié au Kunstmuseum un rarissime primitif de l’école de Nuremberg, remontant aux années 1350. Une communauté religieuse catholique de Bâle a remis au musée l’étrange «Mystère de la Résurrection» de Theodor van Loon, maître baroque flamand aux antipodes de Rubens. Il s’agissait là d’une des révélations de la rétrospective van Loon (1581-1649) de Bozar de Bruxelles de 2018, dont je vous avais parlé. Un vaste espace d'études se voit enfin consacré au "Christ mort" de Hans Holbein, qui date de 1521. Soit juste avant la Réforme à Bâle. Un demi millénaire, ça se fête, non?

Pratique

Kunstmuseum, 16, Sankt Alban Graben, Bâle. Tél. 061 206 62 62, site www.kunstmuseumbasel.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, le mercredi jusqu'à 20h.

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