Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Kunstmuseum de Bâle célèbre les "Grands gestes" des peintures abstraits

Une exposition propose au rez-de-chaussée quarante ans de non-figuration dans les collections du musée. Un parcours suisse, mais avec des touches internationales.

Un Wolf Barth de 1959.

Crédits: Wolf Barth, Kunstmuseum, Bâle 2020.

Je vous l’ai souvent dit. Le Kunstmuseum de Bâle est devenu une institution jouant beaucoup avec ses collections. Une préfiguration de ce que sera sans doute l’avenir culturel, du moins ces prochaines années. Les musées devront en bonne partie faire avec ce qu’ils possèdent. La ville rhénane a la heureusement la chance de se révéler très riche dans de multiples domaines. Ces derniers temps, aussi bien l’exposition autour de la Fondation Im Obersteg («Picasso, Chagall, Jawlensky») que celle montée à propos des vitraux suisses du XVIe siècle restaient ainsi «maison» au "Kunst", comme on dit dans les bons restaurants. Il en allait bien sûr de même pour l’accrochage Arnold Böcklin, dont je vous si encore récemment parlé.

Ce n’est pas tout. Le rez-de-chaussée du Hauptbau, autrement dit le bâtiment des années 1930, propose en ce moment «Grosse Gesten». Dans cet espace en temps normal réservé à la peinture locale au XXe siècle, Eva Reifert présente quatre décennies de peinture abstraite. Suisse,mais aussi internationale. Oh, pas n’importe quelle abstraction! Rien à voir avec ce que les Zurichois appellent paradoxalement l’art «concret». Il n’y a aux cimaises aucun disciple de Mondrian, de ses couleurs primaires posées par aplats et de ses grilles géométriques. Rien de tracé au cordeau. Pas de Max Bill, de Fritz Glarner ou de Camille Graeser, par conséquent. Il s’agit ici de gestes libres à l’américaine, même s’il y a tout de même aux murs des Veira da Silva. Je vois mal ce que la Portugaise de Paris peut avoir, elle si minutieuse et si réfléchie, comme gestes un peu fous ou en tout cas démesurés!

Des éclipses

L’essentiel, dans cette enfilade de salles jouxtant le restaurant du Kunstmuseum, se révèle cependant suisse. Il y a là des noms connus, même si certains d’entre eux connaissent une injuste éclipse. Ainsi en va-t-il pour les Bernois Rolf Iseli et Franz Fedier, qui ont formé à la fin des années 1950 une sorte d’école dans la capitale sous l’égide de l’Américain Sam Francis, qui passait souvent par là. Le duo se voit bien représenté. Lenz Klotz, Wolf Barth ou Samuel Buri, peu connus de ce côté de la Sarine (1), se révèlent aussi très présents. Tout comme Martin Disler ou Marcel Schaffner. Les Romands brillent en revanche par leur absence dans le fonds du Kunstmuseum, d’où tout provient. Pas de moindre Charles Rollier,qui faisait tache (à tous les sens du terme) à Genève vers 1960 au milieu d’une figuration romande encore triomphante!

Autrement, la commissaire a retenu des étrangers bien connus en Suisse grâce au travail précoce des Kunsthallen et des galeries alémaniques. Un gigantesque Antoni Tàpies est ainsi entré au musée en 1963, alors que l’Espagne restait en plein franquisme. Le beau Hans Hartung de1951 a été acheté dès 1952. Les salles offrent par ailleurs du Robert Motherwell, de l’Eduardo Chillida ou du Franz Kline. C’est aussi là un choix d’Eva Reifert sur tout ce qui traîne dans les caves. Je n’ai ainsi pas vu cette fois le superbe Georges Mathieu de 1948 qui brillait il y a quelques années au Jeu de Paume parisien (le bâtiment n’avait pas encore été transformé en lieu pour la photographie). Bien qu'aujourd'hui remis en selle par le marché de l’art, le «samouraï» français n’est pas encore rentré en grâce dans les musées suisses-allemands. Je vous rappelle que, dans un autre genre, Bâle éprouve ainsi du mal face à l’Ecole de Paris. Un goût pourtant de Charles Im Obersteg, qui adorait Maurice Utrillo ou Bernard Buffet…

Pratique

«Grosse Gesten», Kunstmuseum, 16, Sankt Alban Graben, Bâle, jusqu’au 14 mars 2021. Tél. 061 206 62 62, site www.kunstmuseumbasel.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, le mercredi jusqu’à 20h.

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