Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Kunsthaus de Zurich aura sa première directrice. Elle s'appelle Ann Demeester

L'élue du concours est Belge, mais elle viendra du Frans Hals Museum de Haarlem aux Pays-Bas. C'est une tous-terrains, de l'ancien à l'art contemporain.

Ann Demeester. Portrait à la fraise pour le Frans Hals Museum. On pense bien sûr au même genre d'effigie choisi à Genève par Marc-Olivier Wahler...

Crédits: Frans Hals Museum, Haarlem.

Ouf! Ça y est! C’est fait! Notez qu’il aura fallu le temps. Il y a maintenant plus d’un an que la succession de Christoph Becker à la tête du Kunsthaus de Zurich était grande ouverte. Le jury cherchait le ou la candidat(e) idéal(e) pour ce poste très recherché. Non seulement il s’agit là du plus prestigieux musée d’art de Suisse avec le Kunstmuseum de Bâle, mais l’institution bénéficiera dès l’automne d’un beau bâtiment tout neuf, que j’ai déjà visité vide pour vous. En plus le salaire, dont je ne connais pas le montant exact, doit se révéler plus qu’attractif. Surtout par rapport au reste de l’Europe, où Etats et Municipalités n’attachent pas leurs chiens avec des saucisses pour employer une des nombreuses locutions utilisées par ma défunte grand’mère. Les paies directoriales françaises restent ainsi particulièrement misérables. Elles doivent tabler sur l’amour de l’art.

«And the winner is...», comme on dit aux Oscars. Eh bien, comme prévu, il s’agit d’une dame. Les musées suisses se féminisent beaucoup cette année. Il y a déjà eu le Kunsthaus d’Aarau et le Landesmuseum de Zurich. Ann Demeester est Belge. Néerlandophone. Née à Bruges. Mais Christoph Becker, en charge depuis vingt-trois ans, était bien Allemand. A 47 ans, la nouvelle venue a le bon âge pour accéder aux postes à responsabilités. Avant, cela semble souvent un peu tôt. Après 50 ans, cela commence à paraître trop tard. L’élue a pour elle un parcours à la fois riche et peu accidenté. C’est une tous-terrains, comme certaines voitures aux puissants pare-chocs. Cette ancienne étudiante en philologie a dirigé un centre d’art contemporain à Amsterdam, l’Appel. Elle a ensuite collaboré à Gand avec l’avant-gardiste Jan Hoet. Puis, changeant son fusil d’épaule, Ann a passé en 2014 au Musée Frans Hals de Haarlem, où elle a semble-t-il fait du bon travail. Un temple de la peinture ancienne logé dans un merveilleux bâtiment hors du temps.

Passage en douceur

C’est donc de Haarlem qu’Ann Demeester arrivera à Zurich. Elle a été choisie, «à l’unanimité», par un jury international de vingt-et-une personnes où figuraient aussi bien un représentant de la Tate londonienne ou du «Met» new-yorkais que la redoutable Pipilotti Rist. Le passage avec son prédécesseur s’effectuera en douceur. En Suisse alémanique, on sait respecter les formes. Les choses se passeront donc comme au Kunstmuseum de Bâle à l’arrivée de Josef Helfenstein. Dès février 2022, Ann sera partiellement au Heimplatz, où se trouve le Kunsthaus. Elle s’y installera à plein temps en juillet. Christoph Becker montera alors sa dernière exposition (il en aura en fait très peu signé lui-même), consacrée à Niki de Saint Phalle. Le 1er janvier 2023, la première directrice de l’histoire de l’institution sera si ce n’est couronnée, du moins adoubée. Il ne s’agit apparemment pas d’un mandat limité mais comme pour Christoph Becker d’un règne.

Que va faire à Zurich Ann Demeester? C’est encore flou. Le jury s’est félicité de son projet «inclusif et tourné vers le public», ce qui ne veut pas dire grand chose. L’intéressée a cependant spécifié qu’elle voulait de bons rapports tant avec les politiques qu’avec les visiteurs et la presse. Elle-même a tâté du journalisme culturel. Les relations avec l’Université devraient aussi l’intéresser puisque elle a commencé l’an dernier à enseigner dans celle de Nimègue, aux Pays-Bas. Pour le reste, il lui faudra encore s’entendre avec la puissante association des membres de la Zürcher Kunstgesellschaft, que coiffe désormais Anne Keller-Dubach. Un véritable empire. Cette société compte en effet 23 000 membres. Le plus gros effectif d'Amis pour un musée germanique, Berlin ou Munich compris. Il y aura donc sans doute au menu du contemporain, le principal carburant du Kunsthaus, mais aussi du moderne, plus public, et de l’ancien, vu son passage à Haarlem. Il faut dire que le musée développe des hautes ambitions. A partir de l’ouverture de son extension fin 2021, il compte sur un minimum de 380 000 visiteurs par an. Bonne chance!

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."