Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Kunst Museum de Winterthour montre "La vie simple" selon Adriaen van Ostade

Mort en 1685, le peintre de Haarlem a laissé de nombreux tableaux à thèmes paysans. Le musée se focalise sur ses gravures originales, aux sujets pittoresques. A découvrir.

Une image un peu idéalisée de la vie simple.

Crédits: Kunst Museum, Winterthour 2020.

Il y a quelques années, la Stiftung Jakob Briner a quitté les étages de l’hôtel de ville de Winterthour pour faire son entrée à la Fondation Oskar Reinhart, de l’autre côté de la Stadthausstrasse. Ce remarquable ensemble de peintures hollandaises du XVIIe siècle recevait moins de mille visiteurs par an. Un chiffre aussi désastreux signait son arrêt de mort en tant qu’entité indépendante. Spécialisée dans la miniature, genre aujourd’hui très déconsidéré, la Stiftung Kern subissait le même sort. Il semble permis de penser ici aux couvents dont on regroupe les religieux dans un seul bâtiment à la suite du tarissement des vocations.

L'un des quelques tableaux, très vite peints, de Van Ostade au Kunst Museum. Photo Kunst Museum, Winterthour 2020.

La Stiftung Briner possède des œuvres remarquables. Elle s’enrichit encore. Plusieurs collectionneurs férus d’art néerlandais du «Siècle d’or» y déposent pas ailleurs des toiles ou des panneaux (on travaillait beaucoup sur bois à l’époque dans les Pays-Bas) importants. Tout cela trouve place, par roulement, dans un couloir et trois grandes salles de l’ex-Fondation Reinhart, rebaptisé Kunst Museum.Le déménagement n’a bien sûr pas suffi à faire courir les foules. Elles demeurent d’ailleurs rares dans la ville zurichoise, à part au Fotomuseum. La Stiftung Briner accueille donc régulièrement de petites expositions à l’audience moins confidentielle. L’actuelle se voit dédiée à Adriaen van Ostade (1610-1685). Un nom connu pour ses petits tableaux, à sujets généralement paysans, ses aquarelles, reprenant les mêmes thèmes, et ses gravures.

Une vie de famille harmonieuse

Sous-titrée «The Simple Life», cette manifestation de poche regroupe deux ou trois tableaux des collections locales et un magnifique ensemble d’estampes. Celles-ci appartiennent à la Ville ou à la Fondation Reinhart, la plupart étant entrées dans l’escarcelle municipale grâce au legs déjà lointain de David Eduard Steiner en 1875. Le musée entend montrer grâce à cet ensemble la nouveauté de van Ostade. L’artiste de Haarlem serait un précurseur de la description d’une famille pauvre, mais heureuse, où les enfants se verraient pris en considération et où les pères consentiraient à remplir quelques tâches ménagères. La thématique est supposée rejoindre notre époque. Il me semble qu’il y a là comme de la surinterprétation. La peinture très commerciale de van Ostade correspondait en son temps au goût d’une certaine bourgeoise pour la description des gueux. La misère a toujours fasciné les riches. Après tout, à la même époque, les Espagnols aimaient bien les petits mendiants de Murillo.

L'un de gueux, daté 1647. Photo Kunst Museum, Winterthour 2020.

De petite taille, les gravures de van Ostade possèdent la force de l’estampe originale. Rembrandt, qui a lui aussi décrit des gueux, ne se situe pas bien loin. Il y a là un marchand de lunettes, un vielleur, un charlatan ou une grange. Il n’en s’agit pas moins d’un art cultivé, sous ses aspects débraillés. L’une des pièces les plus ambitieuses de van Ostade montre ainsi, en costumes du XVIIe siècle, le concours d’Apelle et de Parrhasios dans la Grèce antique pour voir qui des deux réussirait à imiter la nature au point de tromper le spectateur (1). Il faut dire que le trompe-l’œil était très à la mode en Hollande vers 1650 et que l’évocation des artistes antiques permettait aux peintres modernes d’asseoir leur respectabilité. Les gens adorent s'inventer des ancêtres...

(1) Le concours aurait en réalité opposé Parrhasios à Zeuxis.

Pratique

Adriaen van Ostade, The Simple Life», Kunst Museum am Stadtgarten, 6, Stadthausstrasse, Winterthour, jusqu’au 8 novembre. Tél. 052 267 51 72, site www.kmw.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h, le jeudi jusqu’à 20h.

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