Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Havre détruit sa gare maritime, alors même que la ville est classée par l'Unesco

Depuis 2005, la cité est protégée en raison de son exceptionnel patrimoine des années 1950. Le bâtiment se voit sacrifié à l'industrie grâce à des silences politiques.

Le hall de la gare au moment de son inauguration.

Crédits: Estel, La Tribune de l'art 2020.

C’est une étrange affaire. Pour tout dire, il s’agit en fait d’une sale affaire. J’ai lu la chose dans «La Tribune de l’Art» du mardi 2 juin. Rédacteur en chef du journal en ligne et rédacteur tout court de l’article en question, Didier Rykner se scandalisait à juste titre d’une démolition en cours au Havre. Le défenseur du patrimoine a appris le dimanche 31 mai que la gare maritime transatlantique, chef-d’œuvre de l’Art Déco tardif serait détruite. Le mardi 2, les travaux avaient déjà commencé, sans que nul ne puisse s’y opposer. Il est vrai que le lieu était menacé depuis six ans au moins. Dès 2014, on savait que le bâtiment se verrait sacrifié «si Areva confirme son implantation au Havre.» La société n’y vient aujourd’hui pas elle-même, mais par le biais de son associée Siemens Gamesa. Celle-ci va y construire une fabrique d’éolienne off-shore. Une autre plaie esthétique pour différents sites…

La chose peut d’autant plus surprendre que Le Havre a été classé en 2005 au Patrimoine de l’Unesco. Entièrement refaite après les destructions de 1944 sous la direction d’Auguste Perret, la ville constitue en effet un témoin capital de la reconstruction d’après-guerre en Normandie. La gare faisait partie de cet effort. Elle venait remplacer un édifice construit par l’architecte Urbain Cassan en 1935. C’est du reste le même Urbain Cassan qui avait élevé le nouveau, avec deux consignes à respecter. Il lui fallait faire sobre à l’extérieur afin de «ne pas heurter les Havrais mal logés.» Et paraître riche à l’intérieur pour impressionner favorablement les voyageurs aisés. D’où un décor sculpté par Saupique, Bourdet et Chauvenet d’un goût classique. Le modernisme pur et dur ne s’était pas encore imposé.

Imbroglio ministériel

Tout cela disparaît en ce moment sous la pioche. Nul ne sait si les reliefs, les boiseries et les luxueuses ferronneries seront ou non conservés. L’impunité restera de toutes matière totale. Qui oserait crier au vandalisme? L’actuel maire du Havre est un certain Edouard Philippe, par ailleurs premier ministre. Celui de la Culture ne va en aucun cas intervenir. Frank Riester s’est révélé une nouvelle fois transparent. Quant à l’actuelle responsable de l’Unesco Audrey Azoulay, elle a été nommée en tant que créature de François Hollande, auquel elle avait servi de vague ministre de la Culture alors que le président terminait laborieusement son règne. La boucle se retrouve ainsi bouclée. La gare maritime se doit de tomber à l’eau.

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